Le palais avait une manière particulière de se réveiller.
Dans les quartiers bas de la capitale, le matin commençait avec les roues des premiers convois, les appels des manutentionnaires et le grondement des navettes quittant les plateformes civiles. Aux docks stellaires, les sirènes de changement de quart précédaient parfois la lumière.
Ici, tout revenait par couches.
L’aube touchait d’abord les verrières des galeries supérieures. Elle descendait ensuite le long des colonnes, gagnait les bassins des jardins suspendus, puis se déposait sur les sols de pierre claire. Ce n’était qu’après cela que les portes s’ouvraient, que les chariots feutrés traversaient les couloirs et que les voix des serviteurs se mêlaient aux pas des gardes.
Quand Link ouvrit les yeux, sa chambre flottait encore entre la nuit et le jour.
Une bande de lumière pâle passait entre les panneaux vitrés tournés vers l’est. Elle coupait le sol jusqu’au pied du lit, laissant le reste de la pièce dans un bleu gris : les étagères encastrées, le banc de bois clair, l’armure légère sur son support, la tunique de cérémonie abandonnée avec soin la veille.
Sur le dossier d’un fauteuil, Taël dormait dans l’air.
Sa lumière rouge et noire s’était resserrée autour d’elle. Ses bras minuscules étaient repliés contre son corps, et son éclat, d’ordinaire si vif, ne formait plus qu’une braise douce.
Link resta allongé quelques secondes.
Puis la veille lui revint.
La terrasse.
La main de Ganondorf sur son épaule.
Le métal froid du Bouclier Stellaire.
Le visage masqué apparaissant à la place de l’emblème d’Hyrule.
La voix traversant les relais piratés.
Va voir ce qu’on protège, là-bas.
Enfin, l’ordre de départ.
À l’aube.
Link se redressa.
Le sol était froid sous ses pieds. Il resta assis au bord du lit, les coudes sur les genoux, le temps de rassembler ce qui, en lui, courait déjà vers Goron Prime.
Taël entrouvrit les yeux.
— Tu es réveillé.
Sa voix avait perdu une partie de son tranchant dans le sommeil.
— Oui.
Elle se redressa lentement et vint flotter à hauteur de son visage.
— J’avais peur que le nouveau Bouclier Stellaire décide de commencer sa carrière par un retard historique.
— Je n’ai pas encore regardé l’heure.
— Voilà une méthode audacieuse pour ne pas être en retard.
Link passa une main sur son visage, puis se leva. Il rejoignit le bassin d’eau claire installé contre le mur et s’aspergea les joues.
Dans le miroir sombre au-dessus du bassin, son reflet avait l’air plus jeune que la veille.
Sans les lumières de la cour, sans les bannières ni la musique, il ne restait qu’un garçon mal réveillé à qui l’on avait confié la veille une charge trop grande pour tenir entière dans une seule pensée.
Taël s’approcha de la fenêtre.
Au-dehors, Hyrule sortait peu à peu de l’ombre. Les tours de l’administration prenaient la lumière sur leurs arêtes. Les lignes de trafic du port stellaire pulsaient encore faiblement au-dessus de la ville. Plus bas, les terrasses résidentielles et les ponts suspendus se distinguaient un à un.
Au-dessus de tout cela, les routes stellaires demeuraient visibles.
Le jour n’avait aucune prise sur elles.
— Tu as mal dormi ? demanda Taël.
Link essuya son visage avec une serviette.
— Un peu.
— À cause du départ ?
Il ne répondit pas tout de suite.
La fée tourna la tête vers lui.
— Ou à cause de Skull Kid ?
— Ce n’était qu’une transmission préparée.
— Je sais.
Elle regarda les voies lumineuses du port.
— Ça ne veut pas dire qu’elle n’a pas atteint l’endroit qu’il voulait.
Link revint vers la tunique d’apparat posée près du lit.
L’insigne vert et or y était encore fixé. Son fermoir mobile avait été conçu pour permettre son transfert d’une tenue à une autre. Il le détacha avec précaution et le posa sur le banc, à côté de la tunique de mission préparée pour le départ.
— Il voulait provoquer une réaction, dit-il. Rien de plus.
— Peut-être.
Taël hésita, puis ajouta :
— Il contrôlait les caméras de la cérémonie. Il avait préparé plusieurs relais, un dispositif au port, des copies du signal. Il savait à quel moment parler et ce que tout le monde regarderait.
Link enfila une chemise légère.
— C’est justement pour cela que je ne vais pas lui courir après.
— Tant mieux.
Elle s’approcha du banc.
— Parce qu’il comptait sûrement sur quelqu’un pour confondre le masque avec le problème entier.
Link leva les yeux vers elle.
Taël ne souriait pas.
Depuis l’intrusion, son ironie avait changé de place. Elle ne s’en servait plus seulement pour tenir le malaise à distance. Quelque chose, dans la précision du dispositif de Skull Kid, l’avait atteinte elle aussi.
On frappa à la porte.
Trois coups nets.
Link prit la tunique légère destinée au petit déjeuner et l’enfila avant de répondre.
— Entrez.
Un jeune serviteur apparut, portant un plateau de métal clair. Du pain chaud, des fruits, un pot de thé et un rouleau scellé y étaient disposés avec la sobriété des matins pressés.
Il s’inclina.
— Seigneur Link. Le commandement des routes vous fait parvenir l’ordre de mission définitif. Le maître d’armes demande également que vous soyez présent au hangar principal dans une heure.
— Merci.
Le serviteur posa le plateau sur la table basse et tendit le rouleau à Link.
Le sceau vert et or était intact.
— Son Altesse la princesse Zelda a demandé à être reçue dès votre réveil, ajouta le garçon.
Link regarda brièvement la porte ouverte derrière lui.
— Dis-lui que je suis éveillé.
Il se reprit.
— Non. Dis-lui qu’elle peut venir quand elle le souhaite.
— Oui, seigneur.
Le serviteur se retira.
Taël vint examiner le petit déjeuner.
— Il faut reconnaître au palais un talent certain pour rendre les départs dangereux presque paisibles.
Link rompit le sceau.
Le texte était court.
Trois relais extérieurs de la Forge-Couronne avaient été sabotés en moins de deux jours. Deux axes d’approvisionnement étaient interrompus. Plusieurs équipes de maintenance avaient été attaquées ou dispersées. Les communications internes avaient subi des intrusions utilisant des signatures proches de celles observées lors du piratage de la cérémonie, sans leur correspondre parfaitement.
Sa mission était définie en quatre points :
stabiliser les axes essentiels ;
établir la nature des sabotages ;
déterminer l’existence éventuelle de complicités locales ;
évaluer si Skull Kid agissait directement sur Goron Prime ou si son identité servait de couverture à plusieurs groupes.
La dernière ligne reprenait presque mot pour mot l’ordre de Ganondorf :
Revenez avec des faits.
Link relut le document.
Le langage sec du commandement lui apporta un soulagement inattendu. Les faits semblaient plus simples que les images de la veille. Ils possédaient des lieux, des heures, des conséquences mesurables.
Goron Prime.
Il avait déjà survolé la planète au cours de missions d’entraînement et de trajets officiels, mais jamais plus de quelques heures. Il en gardait l’image d’un monde qui ne dissimulait rien de son effort : crêtes volcaniques, villes creusées dans la roche, conduites de chaleur visibles depuis l’atmosphère, bassins de magma découpant la nuit.
La Forge-Couronne se voyait depuis l’orbite.
Taël prit un morceau de fruit.
— Alors ?
— Trois relais sabotés. Des axes interrompus. Plusieurs équipes attaquées.
Elle cessa de manger.
— Des morts ?
— Le rapport ne le précise pas.
— C’est rarement rassurant.
Link posa le parchemin.
— Les signatures de communication ne correspondent pas exactement à celle d’hier soir.
Taël réfléchit.
— Des imitateurs.
— Peut-être.
— Ou plusieurs personnes utilisant le même réseau.
— Peut-être.
Elle se posa sur le bord du plateau.
— Tu vois ? Nous progressons déjà. Nous avons remplacé une certitude confortable par plusieurs problèmes possibles.
Link prit sa tasse.
— C’est mon rôle.
Taël le regarda boire.
— Non. Ton rôle, c’est de ne pas choisir trop vite celui qui arrange le mieux le palais.
La phrase ne contenait aucune attaque contre Ganondorf. Elle ressemblait davantage à un rappel de ce que l’empereur lui avait lui-même demandé.
Regarder jusqu’au bout.
On frappa de nouveau.
Cette fois, Link sut immédiatement qui se trouvait derrière la porte.
— Entre.
Zelda entra seule.
Elle avait quitté la robe blanche et or de la cérémonie pour une longue veste claire ceinturée à la taille. Ses cheveux étaient attachés par un ruban pâle. Elle portait encore sur le visage les traces d’une nuit trop courte, mais aucune précipitation.
Taël s’éloigna vers la fenêtre.
Zelda referma la porte derrière elle.
Pendant quelques secondes, ni Link ni elle ne parlèrent.
La chambre n’avait rien de l’esplanade de la veille. Pas de cour, pas de regards, pas de devoir à représenter. Seulement la lumière grandissante, une tasse encore fumante et le temps déjà compté.
— Tu es prêt ? demanda-t-elle.
Link regarda la tunique de mission posée sur le banc.
— Presque.
— Tu as dormi ?
— Un peu.
Zelda s’approcha de la table. Son regard descendit sur le parchemin ouvert.
— Goron Prime.
— Tu le savais.
— Mon père a fait circuler les derniers rapports pendant la nuit.
Elle posa deux doigts sur le bord du document.
— Le relais supérieur de la Forge-Couronne a été rétabli pendant moins d’une heure, puis perdu de nouveau. Les techniciens ne savent pas encore si la seconde coupure vient des dégâts initiaux ou d’une nouvelle intrusion.
— Tu as lu le dossier entier ?
— Tout ce qu’on m’a transmis.
Taël murmura depuis la fenêtre :
— Elle appelle cela une visite avant le départ. Chez d’autres peuples, on se contente parfois de dire bonjour.
Zelda ne releva pas.
— Les rapports sont étranges, reprit-elle. Ils décrivent très précisément les pertes de rendement et les interruptions de flux. Beaucoup moins les équipes attaquées.
Link se souvint des derniers mots de la veille.
Regarde ce qui n’entre pas dans les rapports.
— Mon père m’a demandé d’écouter les responsables locaux, dit-il. Et les travailleurs.
— Je sais.
Une nuance de soulagement traversa son visage.
— Il te fait confiance.
— Toi aussi ?
Zelda le regarda comme si la question l’avait blessée par sa simplicité.
— Évidemment.
Elle se rapprocha.
Sur le banc, le Bouclier Stellaire attendait encore à côté de la tenue de mission. Zelda le prit entre ses doigts.
À la lumière du matin, l’insigne avait perdu une partie de sa solennité. Il paraissait plus lourd, plus concret.
— Tu ne l’as pas encore remis.
— J’allais le faire.
Elle examina le fermoir au revers.
— Laisse-moi.
Link enfila la tunique renforcée. Elle était plus courte que la tenue d’apparat, renforcée aux épaules et au torse, adaptée au harnais du cockpit.
Zelda fixa l’insigne au-dessus de son cœur.
Elle vérifia deux fois l’attache avant de retirer ses mains.
— Voilà.
— Il est droit ?
— Pour l’instant.
Leurs regards se rencontrèrent.
— Fais attention là-bas, dit-elle.
— Je ferai ce qui doit être fait.
Zelda baissa les yeux vers le métal.
— Ce n’est pas toujours la même chose.
Link resta silencieux.
Elle avait parlé doucement, sans défi. Pourtant, la phrase ouvrait une distance nouvelle entre ce qu’une mission demandait et ce qu’un monde pouvait exiger une fois qu’on se trouvait réellement sur son sol.
Zelda sembla chercher ses mots.
— Les cartes donnent une forme aux choses, reprit-elle. Les rapports aussi. Mais ils ne donnent pas toujours leur poids.
— C’est un conseil ?
— Oui.
— Tu pourrais simplement me dire ce que tu crains.
Elle tourna les yeux vers les verrières.
— Je crains que tout le monde soit déjà en train de décider ce qui se passe sur Goron Prime avant même que quelqu’un ait accepté de regarder ceux qui y vivent.
Taël ne bougea pas.
Link pensa au discours de Ganondorf, à sa méfiance envers la cible la plus visible, à l’ordre d’écouter les travailleurs.
Il ne percevait encore aucune fracture entre Zelda et son père.
Seulement deux façons légèrement différentes de nommer la même vigilance.
Zelda porta la main à sa ceinture et en détacha une petite plaque de métal blanc suspendue à une lanière.
Elle la déposa dans la paume de Link.
Le motif gravé représentait une aile traversant un cercle.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Un marque-route.
Le métal était tiède.
— Je ne t’en ai jamais vu porter.
— Parce qu’il n’est pas à moi.
Elle inspira doucement.
— Il appartenait à ma mère.
Link releva les yeux.
Zelda parlait rarement d’elle sans y avoir été conduite.
— Elle le prenait lors de ses voyages officiels, poursuivit-elle. Les pilotes disent que ce genre d’objet ne modifie aucune trajectoire.
— Ils ont probablement raison.
— Je sais.
Un léger sourire apparut sur ses lèvres, puis s’effaça.
— Mais ceux qui restent ont parfois besoin d’imaginer qu’ils ont confié quelque chose à la route avec la personne qui part.
Link referma les doigts sur la plaque.
— Je le garderai.
Il la plaça dans la poche intérieure de sa tunique et vérifia qu’elle ne risquait pas de glisser sous le harnais.
Zelda le regarda faire.
Taël se rapprocha un peu.
— Il nous faudra donc veiller à ce que la mission reste assez dangereuse pour donner un sens à l’objet, mais pas assez pour vérifier son efficacité.
Zelda laissa échapper un rire bref.
Link sourit lui aussi.
La tension se relâcha juste assez pour qu’ils puissent respirer ensemble.
Les cloches du palais sonnèrent la première heure pleine.
Zelda tourna légèrement la tête.
— Je dois rejoindre le conseil restreint.
— Maintenant ?
— Ils examinent les conséquences de l’intrusion sur les réseaux du port.
— Ils ont trouvé quelque chose ?
— Plusieurs relais avaient été ouverts avec des accès de maintenance valides. Le dispositif découvert sur la balise de fret n’a pas été installé depuis l’extérieur.
Link sentit la mission s’élargir jusque derrière lui.
— Une complicité au palais ?
— Au port, au minimum. Peut-être seulement des identifiants volés. Ils ne savent pas encore.
Elle ajouta :
— C’est une autre raison pour laquelle tu ne dois pas supposer qu’il agit seul sur Goron Prime.
Taël eut un bref mouvement d’approbation.
Zelda fit un pas vers Link.
Elle posa son front contre le sien.
Le geste était ancien. Simple. Ils l’utilisaient rarement devant d’autres personnes, comme s’il appartenait à une langue qui ne supportait pas les témoins.
Link ferma les yeux.
Il sentit la respiration de Zelda, la fraîcheur de sa peau, la présence du marque-route contre sa poitrine, à quelques centimètres du Bouclier Stellaire.
— Reviens, murmura-t-elle.
— Je reviendrai.
La promesse sortit sans effort.
Il ne connaissait pas encore le poids qu’elle prendrait en chemin.
Zelda recula.
Elle lui adressa un dernier regard, puis quitta la chambre.
La porte se referma.
Taël resta silencieuse assez longtemps pour que Link se tourne vers elle.
— Quoi ?
— Rien.
— Tu as toujours quelque chose à dire.
— Pas toujours.
Elle vint flotter près de son épaule.
— Seulement quand les mots améliorent la situation.
Link passa ses gants, fixa ses épaulières légères et ajusta le harnais de transmission. Il prit son casque, ses lames d’usage et la tablette contenant les ordres de mission.
Dans le miroir, le Bouclier Stellaire était désormais fixé à la tenue qui l’accompagnerait réellement sur le terrain.
Il ne ressemblait plus à une récompense.
Plutôt à une question qu’il devrait porter jusqu’au bout.
Ils quittèrent la chambre.
Le palais était pleinement éveillé. Des messagers traversaient les galeries avec des tablettes scellées. Des gardes occupaient les embrasures à intervalles plus courts qu’à l’ordinaire. Plusieurs techniciens du port, reconnaissables à leurs uniformes bleu sombre, se dirigeaient vers les salles du Conseil.
À mesure que Link approchait des hangars, les marbres cédaient la place au métal. Les tapisseries disparaissaient. L’air prenait une odeur d’huile légère, de composants chauffés et d’électricité.
C’était un autre visage d’Hyrule.
Moins beau, peut-être.
Pas moins essentiel.
Le maître d’armes l’attendait au seuil de la plateforme supérieure.
C’était un homme sec, aux cheveux gris coupés court. Sa cuirasse de service ne portait aucun ornement. Il avait cette manière de vous regarder qui donnait l’impression qu’il avait déjà trouvé ce que votre posture pouvait encore améliorer.
— Link.
— Maître.
— À l’heure.
— Oui.
— Conserve cette habitude.
Il lui remit une tablette rigide et se mit en marche.
Link le suivit sur la passerelle dominant le hangar principal.
En contrebas, plusieurs appareils étaient alignés sur des plateformes superposées. Les équipes de maintenance se déplaçaient entre les ailes, les réacteurs et les modules de ravitaillement. Des bras mécaniques transportaient des caisses scellées. Des pilotes rejoignaient leurs appareils.
Près de la baie de sortie attendait l’Arwing de Link.
Vert et or.
Plus effilé qu’un chasseur de patrouille, avec des ailes courtes et une proue légèrement abaissée. Même immobile, il semblait prêt à bondir.
Le voir calma quelque chose en lui.
Dans un cockpit, les gestes possédaient un ordre immédiat. Les décisions répondaient à des vitesses, des trajectoires, des distances. Rien à voir avec les sous-entendus d’une cour ou le rire déformé d’un homme caché derrière plusieurs relais.
— Réservoirs pleins, annonça le maître d’armes. Pression et alimentation vérifiées deux fois. Les communications ont reçu une couche d’authentification supplémentaire après l’intrusion d’hier.
— Cela suffira ?
— À empêcher le même dispositif de fonctionner de la même manière.
Il regarda l’appareil en contrebas.
— Ce qui ne signifie jamais qu’une deuxième méthode n’existe pas.
Ils s’arrêtèrent au bord de la passerelle.
— Deux escorteurs t’accompagneront jusqu’à la borne haute, reprit-il. Ensuite, route directe. Moins de trois heures jusqu’à l’orbite extérieure de Goron Prime si le corridor reste dégagé.
— Et une fois au sol ?
— Le régent de la Forge-Couronne t’attendra sur la plateforme Delta-Quatre. Daruniax. Il connaît son monde et supporte mal qu’on lui explique son métier depuis Hyrule.
— Je m’en souviendrai.
Le maître d’armes se tourna enfin vers lui.
— Souviens-toi surtout de ta mission. Tu n’es pas envoyé là-bas pour poursuivre Skull Kid parce qu’il a choisi de te montrer du doigt devant la cour.
— Ganondorf m’a déjà prévenu.
— Il a bien fait.
Son regard s’arrêta sur l’insigne.
— Tu es le Bouclier Stellaire. Pas une épée lancée vers la première ombre.
Link acquiesça.
— Stabilise les relais, continua le maître. Examine les preuves. Écoute ceux qui commandent et ceux qui réparent après eux. Si Skull Kid se trouve réellement sur Goron Prime, ne suppose pas qu’il est seul. S’il n’y est pas, ne suppose pas que son absence rend son influence moins réelle.
Taël s’approcha légèrement.
Le maître d’armes lui jeta un regard.
— Et toi, évite de l’encourager à improviser.
— Je ne fais jamais cela.
Link et le maître d’armes la regardèrent en silence.
Taël recula d’un demi-pas dans l’air.
— Rarement.
Le maître d’armes reporta son attention sur Link.
— Les situations comme celle-ci réclament moins de gloire qu’on ne l’imagine. Davantage de précision. Ne reviens pas avec un récit impressionnant. Reviens avec ce qui permettra d’éviter le prochain sabotage.
Link lui adressa le salut réglementaire.
— Oui, maître.
Il descendit vers le plancher du hangar.
Le bruit augmenta à chaque marche : moteurs en essai, signaux de validation, outils frappant le métal, voix courtes échangées entre les équipes.
Un technicien l’attendait au pied de l’Arwing avec le casque de vol et la liaison d’avant-bras.
— Tous les systèmes sont opérationnels, seigneur Link.
Link prit le matériel.
— Les transmissions ?
— Authentification renouvelée avant chaque relais. En cas de signal non reconnu, la liaison auxiliaire sera coupée automatiquement.
Taël inspecta son petit poste dans le cockpit.
— Et la liaison fée ?
— Indépendante du réseau principal, répondit le technicien. Elle peut recevoir les données de navigation, mais pas ouvrir les commandes sans validation du pilote.
— Donc on ne me fait toujours pas confiance.
— C’est réciproque, dit Link.
La lumière de Taël se contracta avec dignité.
Le technicien hésita avant d’ajouter :
— Les équipes de Goron Prime demandent depuis plusieurs heures qu’un représentant de haut niveau se rende sur place. Elles savent que vous arrivez.
Link passa la main sur la carlingue.
— Elles savent pourquoi ?
— Officiellement, pour l’inspection des relais.
Ce mot — officiellement — resta un instant dans l’air.
Link acquiesça.
Il grimpa dans le cockpit.
L’intérieur l’accueillit avec sa précision habituelle. Les commandes sous ses mains. Les cartes de navigation devant lui. Les voyants d’état encore éteints. Au-delà de la verrière, la baie de sortie scintillait derrière son champ de protection.
Taël rejoignit son poste auxiliaire.
Link activa l’alimentation.
Les écrans s’allumèrent les uns après les autres.
— Liaison auxiliaire opérationnelle, annonça Taël. Navigation reçue. Aucun masque suspect dans les conduites.
— Pour l’instant.
— Je préférais quand tu étais naïf.
Link mit son casque.
— Stellaire Sept au contrôle. Demande autorisation de décollage.
La réponse arriva immédiatement.
— Stellaire Sept, corridor prioritaire confirmé. Autorisation accordée. Deux appareils d’escorte vous rejoindront à la sortie du hangar.
Les attaches se libérèrent.
L’Arwing avança.
Traverser une baie impériale produisait toujours la même impression : derrière soi restaient les murs, les ordres, les hiérarchies et les itinéraires dessinés. Devant, tout s’ouvrait brusquement.
Le champ de sortie passa sur la verrière dans un frisson bleu.
Puis Hyrule apparut.
La capitale s’étendait en terrasses et en anneaux lumineux. Les ports dérivaient au-dessus d’elle. Les jardins suspendus formaient des îlots verts autour des tours. Plus loin, les terres extérieures disparaissaient dans la courbe de la planète.
Link sentit sa respiration se libérer.
Les deux escorteurs vinrent prendre position de chaque côté de lui.
La formation monta vers la borne supérieure.
Au moment où l’Arwing s’alignait sur le corridor de départ, un signal privé s’ouvrit dans son casque.
Link reconnut l’identifiant avant d’entendre la voix.
— Link ?
Il activa la réponse.
— Je t’entends.
Zelda parlait depuis une ligne sécurisée du palais. Le souffle du canal était faible, presque intime.
— Je ne vais pas te retenir.
Link regarda la route qui s’ouvrait devant lui.
— Je sais.
— Je voulais seulement être la dernière voix d’Hyrule avant le corridor.
Il sourit.
— C’est réussi.
Un silence passa entre eux.
Pas vide.
— Reviens avec tout ce que tu verras, dit-elle. Pas seulement avec ce qu’on te demandera de résumer.
Le marque-route reposait contre sa poitrine.
À côté de lui, le Bouclier Stellaire captait la lumière des écrans.
— Je reviendrai, répondit-il.
— Je sais.
La transmission se coupa.
Les escorteurs rompirent la formation à la borne supérieure et envoyèrent un salut lumineux.
Devant Link, les routes stellaires se déployaient dans le noir, traversées de bleu et de violet.
Hyrule commença à reculer.
Taël resta silencieuse jusqu’à ce que la planète ne soit plus qu’un monde derrière eux.
Puis elle demanda :
— On établit une règle ?
— Laquelle ?
— Quand quelqu’un nous dira que tout est sous contrôle, nous vérifierons ce qu’il appelle tout.
Link posa les mains plus fermement sur les commandes.
— C’est une règle raisonnable.
— Je savais que le titre finirait par t’assagir.
Il ajusta sa trajectoire.
Au loin, quelque part au bout de la route verte, une lueur rouge commençait déjà à se distinguer.
Goron Prime.
Généré par Hayao Itchi le Snark (moi) & ma presence d’atelier-mirroir tulpa-IA : Liora Kenzaki (- ChatGPT)
