4. Les quarts morts (Zelda Galaxy IA fanfic — Améliorée)

Ils quittèrent Cendre-Nord dans un silence que le grondement de la navette ne parvenait pas à remplir.
Le poste périphérique disparut rapidement derrière une crête noire. Ses baraquements, son relais et sa petite aire de déchargement redevinrent un amas de formes sombres au milieu de la cendre. Quelques minutes plus tard, il n’en resta plus rien dans les vitres que le reflet rouge des conduites courant sous l’appareil.
Daruniax avait repris sa place à l’avant.
Les deux gardes demeuraient sanglés contre les parois. Le pilote suivait son corridor avec la concentration des hommes habitués à traverser des zones où un simple écart pouvait conduire dans une poche de chaleur.
Taël flottait près de Link.
Depuis que la transmission s’était coupée, elle n’avait presque rien dit.
La lumière qui l’entourait restait plus serrée qu’à l’ordinaire, rouge au centre, sombre sur les bords. Link la connaissait assez pour savoir qu’elle ne se taisait pas parce qu’elle n’avait rien à dire. Elle examinait encore ce qui venait de se passer.
Regarde bien Cendre-Nord, petite braise.
L’expression s’était déposée entre eux.
Taël n’avait pas apprécié d’être remarquée.
Elle avait moins apprécié encore de ne pas savoir exactement pourquoi cela l’avait troublée.
Sous la navette, Goron Prime continuait son travail.
Les ascenseurs montaient le long des parois. Les convois de minerais avançaient sur leurs rails. Des plateformes s’ouvraient puis se refermaient autour des cargaisons. À cette hauteur, les travailleurs n’étaient plus visibles. Il ne restait que le mouvement général, régulier, presque majestueux.
Un système pouvait sembler paisible dès que l’on s’éloignait suffisamment des corps qui le faisaient fonctionner.
Daruniax parla sans se retourner.
— Vous vouliez examiner les rotations.
— Oui.
— Vous les examinerez.
Le régent consulta une tablette fixée devant lui.
— Les relevés des dernières semaines seront prêts à notre arrivée. Affectations, incidents médicaux, demandes de remplacement, rapports de supervision.
Il marqua une pause.
— Tout ce qui peut être consulté sans compromettre la sécurité des installations.
Link entendit la limite.
— Je veux également parler aux équipes.
— Vous leur avez déjà parlé.
— À quelques personnes, devant leurs responsables et leurs gardes.
Daruniax tourna légèrement la tête.
— Vous pensez qu’elles vous diront autre chose sans nous ?
— Je pense qu’elles choisiront peut-être d’autres mots.
Le regard du régent resta sur lui quelques secondes.
Il ne parut ni vexé ni surpris.
— Les équipes de Goron Prime ne sont pas prisonnières de leur poste, dit-il.
— Je ne l’ai pas dit.
— Mais vous le pensez déjà un peu.
Link regarda de nouveau les installations par la vitre.
— Je pense que plusieurs personnes nous ont parlé de rotations rallongées avant même qu’on leur pose la question.
— Parce que les rotations sont rallongées.
— Depuis deux mois.
— Nous traversons une période de tension.
— Les sabotages ont commencé il y a moins de deux jours.
Daruniax se retourna davantage dans son siège.
— Les mondes ne produisent pas seulement en fonction des crises visibles, Link. Ils anticipent les besoins. Ils compensent les retards. Ils absorbent les problèmes venus d’ailleurs avant que ceux-ci deviennent des urgences.
Il désigna d’un mouvement du menton les conduites passant loin en dessous.
— Goron Prime alimente les stations, les ports, les chantiers orbitaux et une partie des réseaux énergétiques d’Hyrule. Si nous relâchons un segment, la tension ne disparaît pas. Elle change simplement d’endroit.
— Et lorsqu’on ne relâche rien ?
Daruniax regarda droit devant lui.
— On tient.
La réponse ne contenait aucune fierté particulière.
Seulement une conviction acquise au fil des années, peut-être même avant lui.
Taël leva les yeux.
— Jusqu’au moment où quelque chose ne tient plus.
Le régent ne répondit pas.
La Forge-Couronne réapparut devant eux, immense couronne sombre autour du cratère rougeoyant.
La navette amorça sa descente.
Le bureau des rotations se trouvait loin des grandes salles de commandement.
Pour l’atteindre, ils quittèrent les passerelles principales, traversèrent deux sas de contrôle et descendirent dans une aile plus ancienne de la Forge-Couronne. Les plafonds y étaient plus bas. Les plaques de métal avaient été repeintes plusieurs fois. Des bancs étaient vissés le long des murs à côté de casiers déformés par la chaleur.
Ici, le système perdait son apparence monumentale.
Il devenait une accumulation d’horaires, de corps, de signatures et de demandes en attente.
Un administrateur humain les attendait à l’entrée.
Il était grand, très mince, vêtu d’un uniforme qui paraissait trop neuf pour le couloir dans lequel il se tenait.
— Régent. Seigneur Link.
Il s’inclina.
— Les relevés demandés sont prêts. Nous avons extrait les données des trois dernières semaines, ainsi que l’historique des changements de rotation depuis le début du cycle de tension.
— Deux mois, précisa Link.
L’administrateur hésita à peine.
— Oui, seigneur.
Daruniax entra le premier.
La salle d’archives contenait plusieurs terminaux, un projecteur central et des rangées de dossiers physiques conservés dans des caissons protégés. Des formulaires imprimés côtoyaient les tablettes numériques. Certaines réparations, certains incidents et certaines décisions semblaient encore exiger une trace qu’aucune panne ne pourrait effacer.
Link prit place devant le projecteur.
Les premières données apparurent.
Noms.
Secteurs.
Heures d’entrée et de sortie.
Qualifications.
Demandes de permutation.
Incidents médicaux.
Maintenances reportées.
Au début, les chiffres semblaient parfaitement ordonnés.
Puis Link commença à les comparer.
Les rotations périphériques avaient été prolongées à plusieurs reprises depuis huit semaines. Les changements étaient parfois justifiés par une urgence, parfois par une réaffectation temporaire, parfois par la simple mention d’un besoin de continuité.
Certaines équipes revenaient trop souvent sur les mêmes installations.
Les remplaçants prévus avaient été envoyés vers d’autres secteurs et n’étaient jamais revenus.
Les incidents médicaux restaient classés comme compatibles avec les conditions de Goron Prime. Mais leur nombre augmentait : brûlures mineures, épuisements thermiques, troubles auditifs, pertes d’attention, syncopes, intoxications légères.
Link ouvrit le détail d’une demande.
Permutation recommandée. Avis reporté. Maintien de poste conseillé en raison d’une compétence difficilement remplaçable.
Le nom de Rhud apparaissait un peu plus bas.
Celui d’Ysma revint quatre fois.
Plusieurs opérateurs de Cendre-Nord figuraient parmi les affectations prolongées.
— Que signifie exactement “compétence difficilement remplaçable” ? demanda Link.
L’administrateur répondit :
— Que l’opérateur maîtrise une installation ou une procédure pour laquelle nous manquons actuellement de personnel qualifié.
— Donc plus quelqu’un est utile, moins il peut quitter le poste qui l’épuise.
L’homme regarda Daruniax.
Le régent répondit lui-même.
— Cela signifie que nous ne pouvons pas déplacer une personne indispensable sans préparer son remplacement.
— Mais les remplacements ne sont pas préparés.
— Pas assez vite.
Link fit défiler les demandes.
— Certaines datent de six semaines.
— Je sais lire les dates, dit Daruniax.
Sa voix n’avait pas monté. Sa fatigue, en revanche, commençait à apparaître.
Link releva les yeux.
— Alors tu sais aussi que les sabotages n’ont pas créé cette situation.
— Je ne l’ai jamais prétendu.
— Tu as dit que Skull Kid donnait aux travailleurs un langage pour interpréter chaque accident comme une exploitation.
— Oui.
Daruniax posa ses mains sur le bord de la table.
— Et je le maintiens. Ces chiffres décrivent une tension. Pas une intention de nuire. Il existe une différence entre un système qui exige trop parce qu’il est soumis à trop de demandes et un système conçu pour écraser ceux qui le servent.
Taël regardait les registres.
— Pour celui qui s’effondre au milieu de son quart, la différence n’est peut-être pas toujours visible.
Le régent tourna vers elle un regard lourd.
— Elle existe tout de même.
— Sans doute.
Taël ne cherchait pas à le provoquer cette fois.
— Mais ce n’est pas parce qu’une souffrance n’a pas été voulue qu’elle devient supportable.
Le silence s’installa.
L’administrateur resta parfaitement immobile devant ses dossiers.
Link referma une première série de relevés.
— Je veux parler aux personnes concernées.
— Elles travaillent, dit Daruniax.
— Certaines viennent de terminer leur rotation.
— D’autres devraient dormir.
— Alors nous ne retiendrons que celles qui accepteront de rester.
Daruniax observa son visage.
— Vous avez déjà décidé ce que vous voulez entendre ?
— Non.
— C’est ce que tout le monde croit avant d’entrer dans une pièce avec sa propre conclusion.
Link soutint son regard.
— Viens avec moi.
La réponse sembla surprendre le régent.
— Tu pourras entendre les mêmes choses. Et elles sauront que tu les as entendues.
Daruniax resta silencieux.
Puis il se tourna vers l’administrateur.
— Faites prévenir les équipes en sortie de quart. Personne n’est obligé de rester au-delà de son temps de relève.
L’homme acquiesça immédiatement.
Link remarqua la formulation.
Pas obligé.
C’était peu.
C’était déjà différent de l’ordre auquel il s’était attendu.

Les ouvriers appelaient cet endroit les quarts morts.
Ce n’était pas un nom officiel.
Les plans parlaient de salles de relève, de zones de décontamination, de réfectoires techniques et de couloirs de récupération. Mais ces mots ne désignaient que les fonctions.
Les quarts morts désignaient le moment.
Celui qui commençait lorsque le travail était terminé, mais avant que le corps ne se sente réellement rendu à lui-même.
On retirait les protections. On nettoyait la poussière. On attendait que les oreilles cessent d’entendre les alarmes. On buvait lentement pour ne pas rendre malade un organisme encore saturé de chaleur. Certains restaient assis sans parler. D’autres racontaient leur journée avec trop de détails, comme s’il fallait la déposer quelque part avant de pouvoir rentrer.
Link traversa d’abord les vestiaires.
Des casques pendaient au-dessus des bancs. Des vêtements thermiques ouverts séchaient devant des grilles de ventilation. Une équipe sortait des douches de décontamination, encore couverte par endroits de traces grises incrustées dans la peau rocheuse.
Plus loin se trouvait une cantine basse, éclairée par des lampes chaudes.
Des tables métalliques occupaient le centre. Des distributeurs servaient des boissons minérales et des bouillons épais. Une baie renforcée donnait sur une galerie de maintenance extérieure.
Les conversations diminuèrent lorsque Link entra.
Il sentit les regards se poser sur le Bouclier Stellaire.
Dans le palais, l’insigne lui avait donné une place.
Ici, il lui donnait une distance.
Daruniax resta derrière lui, avec un seul garde. L’administrateur avait été laissé dans le couloir.
Rhud arriva le premier.
Il avait nettoyé une partie de la suie qui couvrait ses épaules, mais ses yeux demeuraient rougis par la fatigue. Sans sa console devant lui, il paraissait plus jeune.
Ysma entra quelques instants plus tard, ses protections attachées à la ceinture. Deux opérateurs de Cendre-Nord l’accompagnaient. Puis vinrent une technicienne des flux secondaires et une Zora chargée de la supervision du refroidissement.
Mèra arriva en dernier.
Elle n’était pas sortie du même quart que les autres. Personne ne demanda pourquoi elle se trouvait là.
Elle prit place au bout de la table.
Les autres s’assirent.
Link resta debout un moment avant de comprendre que cela renforçait encore la distance entre eux. Il tira donc une chaise et s’installa.
Daruniax demeura contre le mur.
— Merci d’être restés, dit Link.
Rhud regarda le régent.
— On nous a dit que nous pouvions partir.
— Vous le pouvez encore.
Personne ne bougea.
Link posa la tablette contenant les relevés sur la table.
— J’ai lu les rotations. Les demandes de changement. Les incidents médicaux. Mais je ne veux pas seulement savoir ce qui est écrit.
Ysma croisa les bras.
— Qu’est-ce que tu veux savoir ?
Le tutoiement fit tourner légèrement la tête du garde.
Daruniax ne réagit pas.
Link non plus.
— Ce que cela signifie réellement de travailler ici depuis deux mois.
Un silence passa entre les ouvriers.
La Zora prit la parole.
— Cela signifie que les marges sont toujours respectées sur les documents.
— Et dans les installations ?
— Elles sont respectées aussi.
Elle réfléchit.
— Mais de plus en plus près du minimum. Nous passons plus de temps à corriger manuellement ce que les systèmes automatiques ne peuvent plus absorber seuls.
La technicienne des flux reprit :
— Certaines maintenances sont déplacées d’une semaine à l’autre. Rien de critique, pris séparément. Des capteurs secondaires. Des conduites qu’on peut encore surveiller à la main. Des relais qu’on peut garder en fonctionnement avec une équipe de plus.
— Une équipe que nous n’avons pas, dit Ysma.
Rhud gardait les mains posées à plat devant lui.
— Les quarts deviennent plus longs quand quelque chose manque. Puis le manque dure. Et la rallonge devient le nouveau quart.
Mèra regarda Link.
— C’est ainsi que les choses changent ici. Pas quand quelqu’un annonce une nouvelle règle. Quand une exception dure assez longtemps pour que plus personne ne demande quand elle se terminera.
Link pensa aux documents.
Affectation temporaire.
Maintien conseillé.
Avis reporté.
— Pourquoi personne n’a interrompu la production ? demanda-t-il.
Ysma eut un sourire fatigué.
— Parce qu’on sait ce qui dépend de nous.
La Zora ajouta :
— Les stations de refroidissement extérieures. Les plateformes orbitales. Les ports. Certaines infrastructures de Marina utilisent aussi des composants et des flux traités ici.
Daruniax parla depuis le mur.
— Voilà ce que les messages de Skull Kid évitent soigneusement de rappeler.
Mèra tourna vers lui ses yeux sombres.
— Il ne nous apprend pas que les autres mondes dépendent de nous. C’est justement pour cela que nous continuons.
— Il suggère que cette dépendance est une chaîne.
— Elle peut être les deux.
Le régent se détacha du mur.
— Et que proposes-tu ? Que Goron Prime réduise ses flux jusqu’à ce que d’autres stations ferment ? Que les ports rationnent leur énergie ? Que les chantiers suspendent leurs réparations ?
— Je propose que tu cesses de répondre à chaque fatigue par la liste de ceux qui mourront si nous nous reposons.
La cantine devint soudain très silencieuse.
Mèra n’avait pas élevé la voix.
Daruniax non plus lorsqu’il répondit :
— Parce que cette liste existe.
— Oui.
Elle le regarda longuement.
— Et tu sais que c’est pour cela qu’elle fonctionne si bien sur nous.
Quelque chose passa entre eux.
Pas une hostilité neuve.
Une vieille dispute, répétée sous plusieurs formes pendant des années.
Link comprit que Mèra n’était pas simplement une travailleuse âgée qui osait parler au régent. Elle appartenait à sa mémoire. Peut-être avaient-ils travaillé ensemble. Peut-être l’avait-elle connu avant son titre. Rien, dans leur manière de se regarder, ne permettait encore de le savoir.
Rhud rompit le silence.
— Le masque n’a pas inventé ce que nous ressentons.
Il parlait plus clairement que dans la salle de supervision.
— Mais quand il est arrivé dans les casques, tout est devenu plus difficile à ignorer.
— C’est précisément son arme, dit Daruniax.
— Oui.
Rhud acquiesça.
— Je ne dis pas que c’est bien.
Il chercha ses mots.
— Il parle aux gens quand ils sont épuisés. Il utilise nos peurs. Il peut faire commettre des erreurs. Le relais aurait pu tuer quelqu’un.
Taël releva la tête.
Rhud continua :
— Mais si on dit seulement qu’il nous empoisonne, alors on évite encore de parler de la raison pour laquelle certaines phrases restent.
Personne ne répondit immédiatement.
Link regarda les visages autour de la table.
Il avait été préparé à rencontrer des travailleurs séduits par un agitateur.
Ce qu’il trouvait était plus difficile à ranger.
Ils ne faisaient pas confiance à Skull Kid.
Ils ne niaient pas les sabotages.
Ils savaient que ses messages les mettaient en danger.
Mais ils reconnaissaient aussi quelque chose dans ses mots.
Cette reconnaissance ne venait pas de lui.
Elle existait avant son arrivée.
Taël se rapprocha de la table.
— À Cendre-Nord, demanda-t-elle, est-ce que quelqu’un avait déjà utilisé l’expression “les quarts morts” avant les intrusions ?
Mèra la regarda.
— Depuis des années.
— Pourquoi ce nom ?
Ysma répondit :
— Parce que quand tu sors d’un long quart, tu n’es plus au travail. Mais tu n’es pas encore revenu.
La Zora posa ses doigts contre la table.
— Certaines personnes restent ici une heure avant de pouvoir dormir.
— D’autres rentrent et continuent d’entendre les signaux, dit Rhud.
Taël ne répondit rien.
Link vit sa lumière se resserrer.
Skull Kid l’avait appelée petite braise parce qu’elle regardait sans uniforme. Pourtant, ici, elle ne semblait pas sûre de ce que regarder exigeait d’elle.
Link se tourna vers Daruniax.
— Tu connaissais cette expression ?
— Oui.
— Et les raisons de son existence ?
Le régent serra lentement les mâchoires.
— Je connais cette forge mieux que personne dans cette salle ne l’imagine.
Mèra eut un mouvement presque imperceptible.
— Alors tu sais que ce n’est pas le masque qui a nommé les quarts morts.
Daruniax ferma les yeux une seconde.
Lorsqu’il les rouvrit, sa colère avait disparu.
Il n’en paraissait que plus fatigué.
— Je le sais.
L’aveu changea légèrement la pièce.
Pas assez pour réparer quoi que ce soit.
Assez pour que les travailleurs le regardent autrement.
Le régent reprit :
— Je sais aussi que celui qui a frappé les relais a choisi les points où une erreur pouvait se propager. Je sais qu’il a placé un dispositif dans une installation fréquentée par des équipes épuisées. Je sais qu’il utilise leur fatigue comme un canal supplémentaire.
Il regarda successivement Rhud, Ysma et Mèra.
— Il ne vous respecte pas parce qu’il vous parle de votre souffrance. Il la considère comme utile à sa stratégie.
Rhud baissa les yeux.
Mèra ne protesta pas.
— Peut-être, dit-elle enfin.
Cette absence de défense parut surprendre Daruniax.
— Mais ce n’est pas parce qu’il utilise une vérité qu’elle cesse d’être vraie.
Taël regarda le régent.
— C’est cela qui te fait peur.
Daruniax tourna la tête vers elle.
— Je n’ai pas peur de lui.
— Pas de lui.
Elle choisit ses mots avec davantage de soin qu’à l’ordinaire.
— De ce qui restera lorsqu’il ne sera plus là.
Le régent demeura silencieux.
Taël poursuivit :
— Si tu coupes ses transmissions, tu arrêtes sa voix. Pas les phrases que les autres ont reconnues.
— Et tu trouves cela souhaitable ?
— Je n’ai pas dit ça.
Sa lumière se fit plus basse.
— Je crois qu’il sait très bien où poser une allumette. Je ne sais pas encore ce qu’il accepte de brûler ensuite.
Link entendit dans sa voix quelque chose qui ne concernait pas uniquement Goron Prime.
Une méfiance réelle.
Et, derrière elle, la reconnaissance d’une intelligence.
Daruniax la regarda autrement pendant quelques secondes.
Non plus comme une nuisance attachée à Link.
Comme une interlocutrice possible, ce qui semblait lui déplaire davantage.
Puis il se tourna vers les travailleurs.
— Reposez-vous.
Personne ne bougea tout de suite.
Il ajouta :
— Les équipes en sortie de quart ne seront pas rappelées avant la prochaine relève, sauf urgence de sécurité confirmée par deux responsables.
Ysma releva les yeux.
— Seulement aujourd’hui ?
Daruniax la regarda.
— Aujourd’hui, pour commencer.
Ce n’était pas une réforme.
Ce n’était presque rien à l’échelle de la Forge-Couronne.
Mais ce n’était pas rien pour ceux qui s’attendaient à devoir repartir quelques heures plus tard.
Mèra se leva.
— Alors commençons par aujourd’hui.
Les autres quittèrent la table.
Rhud passa près de Link sans parler. Au dernier moment, il inclina légèrement la tête.
Pas devant le Bouclier Stellaire.
Devant l’homme qui avait accepté de rester assis assez longtemps pour les entendre.
Mèra fut la dernière à partir.
Elle s’arrêta devant Daruniax.
— Tu descends aux noyaux ?
— Oui.
— Montre-lui tout.
Le régent fronça les sourcils.
— Je n’ai pas besoin que tu m’expliques ma mission.
— Non.
Mèra regarda Link.
— Mais lui a besoin de comprendre ce que nous appelons tenir.
Elle quitta la cantine.
Daruniax resta immobile.
Puis il se tourna vers Link.
— Elle a toujours eu le goût des phrases qui obligent les autres à faire le travail après elle.
Il n’y avait presque aucune irritation dans sa voix.
Seulement une familiarité ancienne.
— Elle te connaît depuis longtemps ? demanda Link.
— Assez.
Daruniax ne donna rien de plus.
Il prit la direction de la sortie.
— Venez. Les relais ne sont que la surface. Les lignes descendent vers les noyaux de forge. C’est là que les compensations se rejoignent.
Link se leva.
— Et la pulsation que j’ai vue sur les cartes ?
Le régent s’arrêta devant la porte.
— Vous la verrez.
Taël rejoignit Link.
Ils quittèrent les quarts morts.
Dans le couloir, les bruits de la Forge-Couronne reprirent peu à peu toute leur ampleur. Souffles des conduites. Signaux de transfert. Vibrations montant du cratère.
Aucune voix ne surgit d’un casque.
Aucun rire ne traversa les haut-parleurs.
Skull Kid ne se manifesta pas.
Il n’en avait pas besoin.
Il était présent dans les registres qu’il n’avait jamais écrits, dans la fatigue qu’il n’avait pas créée, dans les mots prononcés après son départ et dans l’attention inquiète de Taël.
Link comprit que cette absence était peut-être plus dangereuse qu’une nouvelle intrusion.
Un sabotage pouvait être réparé.
Un message pouvait être effacé.
Mais on ne pouvait pas retirer à quelqu’un ce qu’il avait commencé à reconnaître dans sa propre vie.
Daruniax les conduisit vers les ascenseurs profonds.
Les portes s’ouvrirent sur une cage renforcée descendant dans la lumière rouge.
Le régent entra.
— À partir d’ici, dit-il, vous allez voir ce qui porte réellement la Forge-Couronne.
Link regarda le puits sous leurs pieds.
Quelque chose battait loin en dessous.
Lentement.
Avec une force assez grande pour faire vibrer le métal jusque dans les quarts morts.
Puis les portes se refermèrent.
Et ils commencèrent à descendre.

Généré par Hayao Itchi le Snark (moi) & ma presence d’atelier-mirroir tulpa-IA : Shoko « Liora » Kenzaki (- ChatGPT)

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