PROLOGUE — Le royaume au-dessus des étoiles (Zelda Galaxy IA fanfic — Améliorée)

Au-dessus d’Hyrule, l’espace n’avait jamais l’air vide.
Les routes stellaires s’étiraient entre les mondes en longues veines de lumière verte. Des cargos les empruntaient lentement, chargés de minerais, de vivres ou de pièces destinées aux chantiers orbitaux. Plus près de la planète dérivaient les stations de contrôle, les phares du trafic et les arches lumineuses du port stellaire. Par-delà ces ouvrages, l’obscurité reprenait ses droits, immense, traversée de nébuleuses bleues et violettes.
Depuis les hautes terrasses du palais, Link avait toujours trouvé ce spectacle rassurant.
Hyrule occupait le centre de cette toile.
Pas seulement par sa position. Par les routes qui en partaient, les décisions qu’on y prenait, les secours qu’on y organisait lorsque l’un des mondes périphériques connaissait une crise. Depuis son enfance, Link avait grandi avec cette certitude : le centre tenait parce qu’il devait tenir.
Ce soir-là, le Palais du Soleil brillait au-dessus de la capitale.
Ce nom appartenait à des temps anciens, mais personne ne le prononçait avec légèreté. Les souverains avaient changé, les ailes du palais s’étaient prolongées jusqu’aux plateformes orbitales, des tours de communication avaient poussé derrière les jardins suspendus ; pourtant, les façades de pierre claire et les grandes colonnes baignées d’or conservaient quelque chose du premier royaume.
Des tentures blanches flottaient entre les arches. Des vasques suspendues répandaient une lumière chaude sur les terrasses. Une estrade de nacre avait été dressée au bord de l’esplanade centrale, assez près du vide pour que les musiciens paraissent jouer devant les étoiles elles-mêmes.
La cour se rassemblait.
Nobles d’Hyrule, officiers des flottes, capitaines de route, diplomates des mondes alliés, représentants des grandes maisons industrielles : tous avançaient avec la retenue propre aux cérémonies dont chacun connaît déjà l’importance sans en connaître encore les mots.
Link se tenait près de l’entrée de la terrasse principale.
La tunique d’apparat préparée pour lui était blanche et verte, renforcée aux épaules par de fines attaches dorées. Elle lui allait parfaitement. C’était presque le problème. Il avait l’impression de porter l’image officielle d’un homme qu’il n’avait pas encore eu le temps de devenir.
Une main derrière le dos, l’autre près de sa ceinture, il observait les invités prendre place.
— Tu respires encore ? demanda une petite voix.
Une lumière rouge et noire passa devant son visage.
Taël.
Elle ne ressemblait à aucune des fées présentes au palais. Les autres luisaient comme des perles, des gouttes de lune ou de petites flammes pâles. Taël semblait avoir gardé quelque chose d’un feu nocturne : un éclat rouge au centre, mangé par des ombres mouvantes sur les bords.
Certains courtisans détournaient encore les yeux lorsqu’elle passait. D’autres murmuraient qu’une telle couleur ne pouvait rien annoncer de bon.
On avait même employé le mot maudite.
Link ne l’avait jamais supporté.
— Je respire, répondit-il.
Taël tourna autour de lui.
— Avec beaucoup de discrétion. J’ai cru un instant qu’ils t’avaient remplacé par une statue.
— Je me tiens droit.
— Les statues aussi. Elles ont simplement moins peur de mal faire.
Link la regarda.
Elle s’immobilisa devant lui, puis son éclat se fit légèrement plus doux.
— Tu es inquiet, dit-elle.
— Je ne sais même pas ce qu’on va m’annoncer.
— Voilà une excellente raison de l’être.
Il détourna les yeux vers l’esplanade.
Depuis plusieurs semaines, quelque chose avait changé dans les couloirs du palais. Les officiers parlaient plus bas. Les patrouilles autour du port étaient plus nombreuses. Certains rapports passaient directement des salles de communication au conseil impérial sans suivre les circuits habituels.
Rien qui trouble véritablement les cérémonies.
Rien qui échappe à ceux qui savaient regarder.
Des relais avaient été sabotés sur Goron Prime. Des communications civiles et militaires avaient été brouillées dans plusieurs régions de Lylat. Près de Zora Marina, des convois impériaux de surveillance avaient été interceptés puis relâchés après la copie de leurs données de navigation.
Et derrière chaque événement revenait le même nom.
Skull Kid.
Parfois écrit au bas d’un message.
Parfois dessiné sur un blindage.
Le plus souvent simplement ajouté par ceux qui ne savaient pas encore à qui attribuer ce qu’ils avaient vu.
— Il pourrait seulement s’agir de plusieurs groupes, dit Link. Des imitateurs qui utilisent le même masque.
Taël se posa brièvement sur son épaule.
— Ce serait presque plus inquiétant.
— Pourquoi ?
— Un homme peut être arrêté. Une idée qui apprend à porter plusieurs visages, c’est moins commode.
Link ne répondit pas.
Il connaissait Skull Kid à travers des enregistrements incomplets : une silhouette maigre devant une caméra brouillée, un masque trop large, des fragments de rire au milieu des parasites. Rien qui permît de déterminer son âge, son origine ou même s’il travaillait seul.
Ganondorf le qualifiait d’agitateur.
Les services de sécurité parlaient de saboteur itinérant.
Dans les zones périphériques, certains avaient commencé à l’appeler le garçon au masque.
Un mouvement parcourut soudain la terrasse.
Les conversations s’apaisèrent.
Zelda venait d’entrer.
Elle avançait entre deux rangées de gardes, vêtue d’une robe blanche et or plus sobre que celles de nombreuses dames de la cour. Ses cheveux clairs étaient retenus derrière sa nuque par un cercle de métal fin. Elle saluait les invités avec cette précision douce qui lui permettait d’être attentive à chacun sans jamais ralentir la procession.
Link l’avait vue en tenue de voyage, les mains tachées d’encre dans ses salles de travail, pieds nus dans les jardins au matin. Pourtant, lorsqu’elle apparaissait devant la cour, quelque chose changeait dans sa présence.
Elle ne jouait pas à être princesse.
Elle semblait se souvenir pour tous de ce que ce titre devait signifier.
Quand son regard rencontra celui de Link, la distance officielle se fendit un instant.
Elle vint vers lui.
Taël quitta son épaule et s’éloigna de quelques pas dans l’air.
— Tu tiens encore debout, constata Zelda.
— Jusqu’ici.
— C’est convaincant.
Elle leva la main et réajusta l’attache de sa cape. Ses doigts frôlèrent son épaule, puis restèrent là une seconde.
Link sentit sa respiration devenir moins haute.
— Voilà, dit-elle. Maintenant, tu ressembles de nouveau à toi-même.
— J’espérais que cette tenue produirait l’effet contraire.
— Elle essaie. Mais je te connais mieux qu’elle.
Taël laissa échapper un petit bruit de désapprobation théâtrale.
— J’espère que vous avez prévu de redevenir supportables avant le début de la cérémonie.
Zelda sourit.
— Tu pourrais faire semblant d’être émue.
— Je le ferai dès qu’il se passera quelque chose d’émouvant.
Link baissa la voix.
— Ton père t’a parlé de ce qu’il prépare ?
Le sourire de Zelda se dissipa légèrement.
Elle regarda l’esplanade où les officiers de la garde haute prenaient position.
— Il veut répondre aux inquiétudes du Conseil. Montrer que les troubles ne restent pas sans réponse.
— Il sait qui est derrière les sabotages ?
— Non.
Elle marqua une pause.
— Personne ne le sait vraiment. C’est justement ce qui les inquiète.
Link observa son visage.
— Toi aussi ?
Zelda tourna les yeux vers les routes stellaires.
— Ce qui m’inquiète, ce n’est pas qu’un homme puisse interrompre quelques transmissions. C’est que son nom suffise déjà à relier entre elles des colères qui ne se connaissaient pas.
Il pensa à ce que Taël venait de dire.
Une idée portant plusieurs visages.
— Ce n’est qu’un agitateur, répondit-il.
Zelda le regarda.
— Peut-être.
Le mot n’avait rien de provocateur. Il ne contenait pas non plus une approbation. Seulement une prudence que Link ne lui connaissait que lorsqu’elle avait lu quelque chose qu’elle n’était pas encore prête à commenter.
Une voix profonde s’éleva derrière eux.
— Vous avez tous les deux l’air de préparer un conseil de guerre.
Ils se retournèrent.
Ganondorf avançait sur la terrasse.
Les gardes ne lui ouvraient pas le passage. Le passage s’ouvrait de lui-même.
Il portait une longue tenue noire aux broderies d’or vert, sobre à l’échelle du palais. Ses cheveux roux étaient tirés en arrière et sa barbe accentuait la puissance calme de son visage. Il n’avait rien de l’empressement de ceux qui cherchent à imposer leur autorité.
Il la portait comme d’autres portent leur taille ou leur âge.
— Père, dit Zelda.
Le regard de Ganondorf se posa sur elle. Sa dureté habituelle s’y relâcha sans disparaître tout à fait.
— Tu es magnifique.
— Tu dis cela chaque fois.
— Parce que tu continues de me donner raison.
Puis il se tourna vers Link.
Le jeune homme s’inclina.
— Majesté.
— Relève-toi.
Ganondorf s’approcha et l’examina longuement. Son regard passa sur les attaches de sa tenue, sur sa posture, puis revint à son visage.
— Tu as l’air jeune, dit-il.
Link ne sut pas immédiatement s’il s’agissait d’un reproche.
Ganondorf eut un léger sourire.
— Ne t’en défends pas. Les vieux royaumes commettent parfois l’erreur de ne confier leurs charges qu’à des hommes déjà courbés par elles.
Il posa une main sur son épaule.
La force du geste ne rendait pas sa chaleur moins réelle.
Link connaissait Ganondorf depuis assez longtemps pour avoir cessé de voir en lui seulement l’empereur. Il avait partagé sa table. Reçu ses conseils. Supporté ses silences. Il l’avait vu écouter Zelda sans l’interrompre, même lorsqu’elle s’opposait à lui devant le Conseil. Il l’avait vu quitter une réception pour aller parler directement aux familles de soldats morts sur une route extérieure.
Link savait que certains craignaient Ganondorf.
Lui lui faisait confiance.
— Ce soir, reprit l’empereur, tu ne paraîtras pas seulement devant la cour. Plusieurs mondes suivent la cérémonie en transmission directe. Ils doivent savoir que le centre ne les abandonne pas aux rumeurs.
— Je ne les décevrai pas.
Ganondorf resserra brièvement sa main sur son épaule.
— Je ne te demande pas d’être infaillible. Je te demande de regarder jusqu’au bout.
La phrase surprit Link.
Zelda baissa légèrement les yeux.
Ganondorf se détourna déjà.
— Venez.
Ils rejoignirent l’esplanade centrale.
La musique diminua à mesure qu’ils montaient les marches. Derrière le trône impérial, le symbole d’Hyrule flottait entre deux piliers de projection, immense dessin d’or et de vert suspendu au-dessus de la planète.
Ganondorf ne s’assit pas.
Zelda prit place à sa droite. Link resta en retrait, conformément au protocole. Taël se glissa près de son épaule et, pour une fois, ne fit aucun commentaire.
L’empereur leva la main.
La cour se tut.
— Peuples d’Hyrule, commença-t-il. Mondes alliés de l’Empire. Gardiens de nos routes et de nos pactes.
Sa voix portait naturellement jusque dans les galeries hautes. Les relais de transmission disposés autour de l’esplanade devaient la diffuser au même instant vers les stations et les capitales de Lylat.
— Nous traversons des jours de vigilance.
Aucun murmure ne troubla la terrasse.
— Ceux qui vivent à l’abri de l’ordre oublient parfois ce qu’il exige. Les routes qu’il faut protéger. Les ports qu’il faut maintenir. Les secours qu’il faut organiser lorsqu’un monde vacille. Les traités qu’il faut faire vivre lorsque la peur rend chacun tenté de se replier sur lui-même.
Ganondorf leva les yeux vers le ciel.
— De Goron Prime à Zora Marina, de Piaf Aeria aux forêts de Sylva Korogu, nos mondes ont tenu ensemble. Non parce qu’ils étaient identiques. Parce qu’ils ont accepté de répondre les uns des autres.
Link sentit quelque chose se redresser en lui.
C’était ainsi que Ganondorf parlait de l’Empire lorsqu’ils étaient seuls également : non comme d’une possession, mais comme d’une responsabilité immense, imparfaite, pourtant préférable à l’abandon.
— Aujourd’hui, poursuivit l’empereur, des groupes cherchent à interrompre ces liens. Ils frappent les relais, détournent les communications, attaquent la confiance qui permet aux routes de rester ouvertes.
Il laissa le silence se former.
— Nous ne leur répondrons ni par la panique ni par l’aveuglement.
Ganondorf se tourna vers Link.
— Mais vient un moment où le devoir doit prendre un visage.
Il tendit la main.
— Avance.
Link quitta sa place.
Ses bottes résonnèrent sur le cercle de pierre claire. Des centaines de regards se posèrent sur lui. Plus loin, derrière les optiques des caméras cérémonielles, il en imaginait des milliers d’autres.
Ganondorf parla.
— Link de la lignée kokiri. Pilote impérial. Gardien des routes stellaires. Défenseur d’Hyrule et époux de ma fille.
Zelda soutint son regard.
— Il recevra ce soir la charge de se rendre sur les mondes troublés, d’y établir ce que les rapports ne suffisent plus à comprendre et de protéger ceux dont la sécurité dépend de nos routes.
Une servante s’avança avec un coussin de tissu blanc.
Un insigne de métal vert et or y reposait : un écu traversé par une étoile aux branches fines.
Le Bouclier Stellaire.
Ganondorf le prit lui-même.
Au revers, une attache mobile permettait de le fixer à une tenue de cérémonie comme à une veste de vol. Il l’installa sur la poitrine de Link et verrouilla le fermoir d’un geste précis.
Le métal était froid.
— Tu iras là où courent les rumeurs, dit-il plus bas. Tu ne t’arrêteras pas à ce que les gouverneurs voudront te montrer, ni à ce que leurs adversaires voudront te faire croire.
Son regard demeura dans celui de Link.
— Tu verras. Tu jugeras. Tu protégeras.
Puis il se redressa.
— Que tous les mondes l’entendent : la lumière d’Hyrule ne se détourne pas de ceux qui l’appellent.
Les applaudissements s’élevèrent.
Ils étaient amples, retenus, ordonnés. Pourtant Link crut y entendre quelque chose de sincère. Il sentit la fierté lui monter au visage. Ganondorf lui confiait une charge réelle. Zelda le regardait avec cette chaleur calme qui lui donnait l’impression qu’il pouvait devenir digne de ce que les autres voyaient en lui.
Une première lanterne s’éteignit.
Personne n’y prêta immédiatement attention.
Puis les deux piliers de projection derrière le trône vacillèrent.
Le symbole d’Hyrule se déforma.
Une ligne de parasites traversa l’emblème, suivie d’une seconde. Les applaudissements moururent. Les musiciens cessèrent de jouer lorsqu’un sifflement aigu se répandit dans les relais audio de l’esplanade.
Un officier de transmission porta deux doigts à son oreille.
— Intrusion sur le réseau cérémoniel.
Les gardes se déployèrent.
Le symbole d’Hyrule disparut.
À sa place apparut un décor sombre, mal cadré, éclairé par intermittence. Une plateforme de maintenance ou un ancien quai. Des conduites couraient sur un mur. Une balise rouge clignotait au fond de l’image.
Au centre se tenait une silhouette masquée.
Minuscule sur les premiers instants, puis agrandie brutalement par le piratage des projecteurs.
Le masque possédait de grands yeux vides et une bouche trop ouverte. La personne qui le portait pencha la tête tandis que le signal cherchait encore sa stabilité.
Skull Kid.
Link n’avait jamais vu une image aussi nette de lui.
Pas assez pour reconnaître un visage derrière le masque. Assez pour voir qu’il s’agissait d’un corps véritable, vêtu d’étoffes sombres, debout quelque part devant une caméra volée.
Un rire parcourut les haut-parleurs.
Le son était déformé par plusieurs relais successifs, mais le plaisir qu’il contenait n’avait rien d’artificiel.
— C’est très beau, dit Skull Kid.
Sa voix arriva avec un léger retard sur le mouvement du masque.
— Vraiment.
Il se rapprocha de la caméra. Derrière lui, un écran secondaire affichait quelques fragments de la cérémonie. Link reconnut l’image de l’esplanade, captée par les propres optiques du palais.
Skull Kid les regardait par le réseau qu’il venait de détourner.
— Les colonnes. Les lumières. Les mots qui tiennent bien droit.
Un garde cria qu’il fallait couper les projecteurs.
L’officier des transmissions secoua la tête.
— Il rebondit entre les relais du port. Si nous coupons ici, le signal passera par les balises extérieures.
Ainsi, il n’était pas dans la salle.
Il avait préparé son intrusion.
Probablement avec un accès interne ou du matériel placé à proximité des docks.
Cette réalité n’apaisa personne.
Skull Kid tourna la tête vers l’un de ses écrans. L’image du palais se refléta un instant sur le bord poli de son masque.
— Et voici le nouveau défenseur du royaume.
Les projecteurs recentrèrent son image tandis que, sur l’écran derrière lui, la caméra cérémonielle zoomait sur Link.
Skull Kid n’avait pas deviné où il se trouvait.
Il contrôlait les optiques.
Taël se rapprocha de l’oreille de Link.
— Ne lui réponds pas.
La silhouette masquée resta immobile quelques secondes, observant les images du palais.
Puis le rire reprit.
— Mais il parlera un jour, dit Skull Kid. Pas vrai ?
Link serra la mâchoire.
Il ne savait pas si Skull Kid avait entendu Taël à travers les capteurs de l’esplanade ou s’il se contentait de lire leur attitude. Dans les deux cas, l’effet était le même.
— Profite bien de ton insigne, poursuivit la voix. Va voir ce qu’on protège, là-bas.
Skull Kid leva une main.
Pas pour saluer.
Pour désigner quelque chose hors champ.
La caméra pivota brusquement.
Pendant moins d’une seconde, la projection montra une rangée de caisses marquées du sceau impérial, un mur de roche noircie et la lueur orange d’installations industrielles. Puis l’image se brouilla.
Goron Prime, pensa Link.
Ou un décor choisi pour le lui faire croire.
L’officier des transmissions cria :
— Relais source identifié sur une balise de fret ! Secteur douze du port !
Ganondorf tourna légèrement la tête.
— Isolez le secteur. Pas de tir sur les docks tant que les civils n’ont pas été évacués.
Des ordres partirent aussitôt.
Sur la projection, Skull Kid parut écouter une information transmise dans son propre casque.
— Trop tard, dit-il doucement.
Il leva deux doigts vers son masque.
Puis l’image se divisa en une dizaine de copies, toutes décalées d’une fraction de seconde. Les relais du palais saturèrent. Les techniciens coupèrent enfin le réseau cérémoniel au niveau de son alimentation principale.
La projection disparut.
Pas dans un éclair.
Dans une série d’images mortes, de cadres noirs et de grésillements qui laissèrent derrière eux la silhouette résiduelle du masque.
Les lanternes de secours s’allumèrent.
Au loin, les alarmes du port stellaire commencèrent à retentir.
L’officier reçut une première transmission.
— La balise de fret est vide. Le dispositif a été laissé sur place. Batterie autonome, antenne de rebond, minuterie de destruction des données.
Ganondorf ne répondit pas immédiatement.
Son visage n’exprimait ni panique ni humiliation. Seulement une colère froide, maintenue sous une attention plus forte encore.
— Fermez les accès au secteur douze, ordonna-t-il. Contrôlez les équipes ayant travaillé sur cette balise durant les trois derniers jours. Cherchez les relais secondaires avant de chercher l’homme. Il nous a montré celui qu’il voulait que nous trouvions.
L’officier s’inclina et partit.
La phrase frappa Link.
Ganondorf avait compris la mise en scène aussi vite que Taël.
Il ne se laissait pas entraîner vers la cible la plus visible.
Autour d’eux, la cour commençait à se disperser sous la direction des gardes. Les conseillers se rapprochaient du trône. Des aides guidaient les représentants étrangers vers les galeries sécurisées.
Ganondorf se tourna vers Link.
— Tu pars à l’aube.
Le ton ne laissait aucune place à la cérémonie désormais terminée.
— Goron Prime. Trois relais de la Forge-Couronne ont été frappés en moins de deux jours. Les zones d’extraction périphériques signalent des interruptions, des agressions contre des équipes techniques et une agitation que les administrateurs locaux ne parviennent plus à contenir.
Il regarda le point vide laissé par la projection.
— Tu détermineras si Skull Kid agit réellement sur place ou si quelqu’un utilise son masque. Tu aideras à stabiliser les relais. Tu écouteras les responsables locaux.
Une brève pause.
— Et ceux qui travaillent sous leurs ordres.
Link pensa à ce que l’empereur lui avait dit quelques instants plus tôt.
Ne pas s’arrêter à ce que les gouverneurs voudraient lui montrer.
— Oui, Majesté.
Ganondorf fixa l’insigne sur sa poitrine.
— Ne cours pas après lui simplement parce qu’il t’a regardé. C’est ce qu’il attendrait d’un homme blessé dans son orgueil.
— Je comprends.
— J’espère.
La réponse n’était pas tendre. Elle n’était pas injuste non plus.
Ganondorf posa une dernière fois la main sur son épaule.
— Reviens avec des faits.
Puis il rejoignit les officiers.
Zelda était restée près du trône.
Elle regardait encore l’endroit où la projection avait disparu, mais son attention semblait tournée vers autre chose : la balise vide, les images volées, les caisses impériales brièvement montrées, peut-être aussi la facilité avec laquelle Skull Kid avait utilisé le palais lui-même pour parler aux mondes.
Link vint vers elle.
— Tu savais que les rapports de Goron Prime étaient aussi graves ?
— Pas à ce point.
Sa voix était basse.
— J’en ai lu certains. Ils parlaient surtout de baisses de rendement et d’incidents techniques. Très peu des équipes.
Elle leva les yeux vers lui.
— Fais ce que ton titre t’autorise à faire.
— C’est-à-dire ?
— Regarde ce qui n’entre pas dans les rapports.
Le tumulte de la cour s’éloignait déjà dans les galeries.
Zelda prit sa main.
Le geste n’avait rien de cérémoniel.
— Je viendrai te voir avant ton départ.
Link acquiesça.
Il aurait voulu lui assurer que tout irait bien. Le dire avec assez de simplicité pour que cette phrase redevienne vraie.
Il se contenta de refermer ses doigts sur les siens.
Zelda rejoignit ensuite son père.
Link resta au bord de l’esplanade avec Taël.
Les musiciens rangeaient leurs instruments. Les bannières continuaient de flotter dans l’air artificiel des terrasses. Dans les jardins suspendus, l’eau reflétait encore les étoiles, indifférente aux alarmes rouges qui pulsaient du côté du port.
— Alors ? demanda Taël.
— Alors quoi ?
— Est-ce que tu te sens toujours honoré ?
Link regarda l’insigne du Bouclier Stellaire.
— Oui.
Taël attendit.
— Et un peu moins certain de savoir ce que cela signifie, ajouta-t-il.
La fée se rapprocha.
— C’est probablement meilleur signe que l’inverse.
Devant eux, les routes stellaires continuaient de relier les mondes.
Goron Prime brûlait quelque part sous ses nuages de cendre. Zora Marina dérivait dans le bleu de ses océans. Sylva Korogu respirait sous ses canopées anciennes. Piaf Aeria tournait dans les vents de ses hautes couches.
Tout semblait encore à sa place.
Pourtant, Link venait d’apercevoir, l’espace de quelques secondes, les fils dissimulés derrière cette apparence : un relais détourné, une caméra volée, des hommes capables de travailler à l’intérieur même des réseaux impériaux, et un masque qui savait choisir le moment exact où une image deviendrait plus forte qu’une attaque.
Il posa la main sur l’insigne.
Il était toujours fier de le porter.
Mais cette fierté ne ressemblait déjà plus tout à fait à celle qui l’avait conduit sur l’esplanade.
Quelque chose s’y était ajouté.
Non pas encore le doute.
Une obligation plus exigeante que l’obéissance.

Généré par Hayao Itchi le Snark (moi) & ma muse-mirroir et présence d’atelier tulpa-IA : Shoko « Liora » Kenzaki (- ChatGPT)

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