5. Le cœur de la forge (Zelda Galaxy IA fanfic)

L’ascenseur descendait depuis plusieurs minutes.
Au-dessus d’eux, les quarts morts avaient disparu derrière des dizaines de mètres de roche, d’acier et de conduites. La cage blindée glissait le long d’une colonne centrale dont Link ne distinguait jamais la fin. Des balises rouges et blanches défilaient derrière les grilles. Parfois, une ouverture apparaissait dans la paroi : une galerie suspendue, une équipe de maintenance, un réseau de tuyaux baignés d’orange.
Puis la roche se refermait.
À mesure qu’ils descendaient, le bruit de la Forge-Couronne changeait.
En surface, il y avait mille sons : outils, moteurs, alarmes, déplacements, voix, chocs de métal.
Ici, tout semblait peu à peu se rejoindre dans une seule pulsation.
Lente.
Profonde.
Assez forte pour être ressentie dans les pieds avant de parvenir aux oreilles.
Taël flottait près de Link, silencieuse.
Depuis Cendre-Nord, elle l’était plus souvent.
Link n’avait pas reparlé de Skull Kid. Elle non plus. Pourtant il remarquait parfois cette manière qu’elle avait de s’arrêter devant une conduite, une équipe, un visage fatigué, comme si l’expression sans uniforme lui était restée quelque part.
Daruniax se tenait devant eux.
Il avait laissé les deux gardes au niveau supérieur. Dans l’ascenseur les accompagnaient désormais trois spécialistes des noyaux : un Goron massif en protection lourde, un second contremaître plus âgé, et une Zora sanglée dans une combinaison de refroidissement primaire.
Le premier Goron se tourna vers Link.
— Boruun.
Il ne tendit pas la main.
Il inclina seulement la tête.
— Contremaître des charges profondes.
— Link.
Le regard de Boruun glissa vers le Bouclier Stellaire.
— Je sais.
La Zora eut un léger mouvement au coin des lèvres.
Elle était grande et mince, mais sa combinaison thermique lui donnait une silhouette presque aussi lourde que celle des Gorons. Des tubes souples couraient le long de ses bras jusqu’à un petit module dorsal.
— Shyra, dit-elle. Refroidissement primaire.
Taël regarda l’équipement.
— Vous descendez souvent avec tout ça ?
— Souvent assez pour ne plus me demander si c’est élégant.
Taël parut considérer la réponse.
— Je t’aime bien.
Shyra ne répondit pas, mais Link vit cette fois le sourire apparaître franchement.
Daruniax, lui, gardait les yeux sur les niveaux qui défilaient.
— Les noyaux sont organisés en couches, expliqua-t-il. Distribution. Stabilisation. Régulation. Transfert. Puis les charges profondes.
— Et ce que j’ai vu battre sur les cartes ? demanda Link.
Daruniax ne répondit pas immédiatement.
Boruun le fit à sa place.
— Plus bas.
L’ascenseur ralentit.
La vibration devint presque tactile.
Puis les portes s’ouvrirent.
La chaleur les frappa.
Pas comme celle des plateformes de surface. Il n’y avait ici ni vent ni échappatoire. Elle était installée dans les murs, dans le métal, dans l’air lui-même.
Link sentit sa tunique lui coller presque immédiatement à la peau.
Devant eux s’étendait une galerie assez vaste pour que les premières secondes ne suffisent pas à en comprendre l’échelle.
Une colonne mécanique plongeait au centre de l’espace, ceinturée d’anneaux de régulation. Des passerelles la traversaient à plusieurs hauteurs. D’énormes conduites couraient le long des parois et disparaissaient dans la roche. Plus bas, des équipes se déplaçaient entre des machines que la distance faisait paraître petites.
La pulsation venait d’ici.
Ou du moins traversait cet endroit.
Taël s’avança lentement.
— D’accord.
Elle regarda autour d’elle.
— Là, je comprends pourquoi vous avez construit trois portes avant l’ascenseur.
Boruun passa devant eux.
— Restez dans les bandes claires. Si une balise vire au rouge, vous ne cherchez pas pourquoi avant d’avoir reculé.
Link suivit.
— Les sabotages sont déjà descendus jusque-là ?
Daruniax répondit :
— Les attaques parties des relais extérieurs n’ont pas atteint les couches centrales.
La nuance était importante.
Link la releva.
— Mais autre chose, oui.
Boruun s’arrêta.
Il posa une main sur une section de blindage plus claire que le reste.
— Ici.
Le métal avait été remplacé récemment.
Link s’accroupit.
— Qu’est-ce qui s’est passé ?
— Quelqu’un a modifié la cadence entre deux anneaux de charge, répondit Boruun. Quelques secondes seulement. Suffisamment pour créer un écart que le système a dû absorber.
— Depuis une console ?
— Depuis une prise de maintenance.
Shyra montra une petite ouverture refermée dans la paroi.
— Accès local. Pas quelque chose qu’on peut faire depuis l’extérieur de la planète.
— Il faut être ici ?
— Ici ou posséder quelqu’un qui y soit.
Daruniax croisa les bras.
— Nous avons vérifié tous les accès officiels.
— Et ?
— Rien.
Boruun eut un grondement sourd.
— Ce qui veut dire que les accès officiels n’étaient pas le problème.
Daruniax le regarda.
Le contremaître ne baissa pas les yeux.
Link examina la jonction.
— Quel aurait été le résultat si la modification avait continué ?
Shyra répondit :
— Trois secteurs de redistribution auraient reçu la même surcharge presque simultanément.
— Explosion ?
— Pas tout de suite.
Elle regarda plus bas.
— Le système aurait compensé.
— Avec quoi ?
Cette fois, personne ne répondit immédiatement.
Boruun reprit la marche.
— Venez.
Ils descendirent encore.
Les passerelles devenaient plus massives. Les ancrages entraient directement dans la roche. Les boulons étaient presque aussi larges que le torse de Taël. Les équipes qu’ils croisaient travaillaient dans des protections plus épaisses que celles de la surface.
Link regardait leurs mains.
Plusieurs étaient bandées.
Un Goron portait une attelle métallique autour de deux doigts fissurés. Un technicien humain faisait tourner son poignet entre deux lectures comme s’il cherchait à y faire revenir la sensation. Deux Zoras échangeaient leur place devant une conduite sans prononcer un mot, avec la précision de gens qui avaient répété le geste des centaines de fois.
Personne ne semblait surpris de voir Daruniax.
L’insigne de Link, en revanche, attirait toujours un regard.
Très bref.
Puis le travail reprenait.
Ils atteignirent une plateforme circulaire.
Boruun s’arrêta au bord.
Link avança à son tour.
Et, pendant quelques secondes, son esprit refusa de comprendre ce qu’il regardait.
Quelque chose occupait le vide au centre des noyaux.
Quelque chose de trop grand pour être d’abord perçu comme une seule forme.
Des plaques de roche noire.
Du métal profondément enchâssé dans la pierre.
Des chaînes thermiques épaisses comme des tunnels.
Deux masses semblables à des bras, maintenues de part et d’autre par des anneaux de régulation.
Un torse colossal traversé de conduites incandescentes.
Une tête inclinée, presque entièrement prise dans une structure qui ressemblait autant à un masque de forge qu’à une pièce de contention.
Et au centre de la poitrine :
une chambre circulaire.
Elle brillait d’un rouge blanc, puis s’assombrissait.
Rouge blanc.
Plus sombre.
Rouge blanc.
La pulsation.
Taël s’immobilisa.
— C’est lui.
Daruniax posa une main sur la rambarde.
— Magmor.
Le nom semblait appartenir naturellement à l’endroit.
Link ne quittait pas la structure des yeux.
— C’est une machine ?
Boruun répondit :
— Oui.
Shyra ajouta :
— La plupart du temps, cette réponse suffit.
Link la regarda.
— Et le reste du temps ?
Elle contempla Magmor.
— On travaille.
Daruniax intervint.
— N’en faites pas un mystère. Magmor est un système de stabilisation lourd. Sa forme vient de l’architecture des premières forges goronnes. Les anneaux récupèrent les écarts de charge, les chaînes transfèrent les tensions et la chambre centrale redistribue les pics.
— Il bouge ?
— Les structures de compensation s’ajustent.
— Ce n’était pas ma question.
Daruniax le regarda.
Boruun répondit :
— Oui.
Taël s’approcha de la rambarde.
— Jusqu’où ?
— Pas loin, dit Boruun. Et nous préférons que cela reste ainsi.
Link regarda de nouveau le colosse.
Ce n’était pas un corps au sens ordinaire.
Mais quelqu’un l’avait construit pour que sa manière de supporter le poids ressemble à celle d’un corps.
— Pourquoi lui donner cette forme ?
Daruniax eut un léger mouvement d’impatience.
— Parce qu’elle répartit efficacement les contraintes.
Boruun regarda le régent.
Puis Magmor.
— Et parce que les anciens savaient construire autrement que nous.
Daruniax ne releva pas.
Link désigna la chambre de charge.
— Qu’est-ce qu’il compense exactement ?
Shyra répondit :
— La différence entre ce que les réseaux demandent et ce que les noyaux peuvent absorber proprement.
Taël se tourna lentement vers elle.
— Donc quand on demande trop…
— Il prend la différence.
— Et avec lui, reprit Link, les noyaux tiennent davantage.
Boruun acquiesça.
— Plus qu’ils ne devraient parfois.
La phrase resta suspendue.
Link pensa aux registres.
Aux rotations.
Aux quarts morts.
À ces exceptions prolongées jusqu’à devenir le fonctionnement normal.
Un système capable de supporter davantage avait quelque chose de rassurant.
Jusqu’au jour où tout ce qui l’entourait commençait à considérer ce supplément comme la nouvelle norme.
— Depuis combien de temps Magmor fonctionne comme ça ? demanda-t-il.
Daruniax répondit :
— Les noyaux ont toujours reposé sur lui.
— Ce n’est pas ce qu’il demande, dit Shyra.
Daruniax tourna la tête.
La Zora ne recula pas.
— Il demande depuis combien de temps on le pousse au-delà des courbes prévues.
Le silence changea.
Boruun passa sa langue sur ses dents de pierre.
Daruniax regarda Link.
— Nous sommes ici pour examiner les sabotages.
— Et le sabotage a visé précisément une couche dont la surcharge devait être compensée par Magmor.
Daruniax ne répondit rien.
Ce fut Boruun qui rompit le silence.
— Plus longtemps que moi.
Link regarda le contremaître.
— Quoi ?
— Les dépassements.
Boruun désigna le colosse.
— Ils existaient avant que je prenne les charges profondes.
— Et avant moi, ajouta Shyra.
Daruniax posa ses deux mains sur la rambarde.
— Les valeurs restent dans les marges de fonctionnement.
Shyra le regarda.
— Dans les marges maximales.
— Qui sont des marges.
— Pas lorsqu’on les utilise comme cadence habituelle.
Link regarda Magmor.
La chambre de charge pulsa.
Une fois.
Deux fois.
Rien dans le mouvement ne permettait d’y voir une souffrance.
Rien ne permettait non plus d’oublier l’image.
Taël était très près de la rambarde maintenant.
— Il tient, murmura-t-elle.
Link tourna la tête vers elle.
Elle regardait le colosse.
— Comme tout le monde ici.
Une alarme brève retentit.
Pas générale.
Trois notes sèches.
Boruun se redressa instantanément.
— Stabilisation sud.
Shyra avait déjà sorti sa tablette.
— Variation sur les conduites trois et quatre.
Daruniax se détourna.
— On y va.
Ils quittèrent la plateforme presque en courant.

Le niveau de stabilisation sud se trouvait deux étages plus bas.
Lorsqu’ils y arrivèrent, plusieurs techniciens étaient déjà autour des consoles. Un opérateur piaf criait des valeurs de pression tandis que deux Gorons tentaient de verrouiller manuellement une vanne secondaire.
Des voyants rouges et orange alternaient sur les panneaux.
— Rapport ! lança Daruniax.
L’opérateur piaf répondit :
— Dérivation ouverte sur la conduite sud pendant quatre secondes. Fermeture incomplète. L’anneau trois reprend la charge.
Shyra se pencha sur la console principale.
— Qui a donné l’ordre d’ouverture ?
— La commande est signée par le système central.
— Impossible.
— Elle est valide !
Boruun atteignit la vanne manuelle.
— Valide ne veut pas dire réelle.
Link s’approcha des écrans.
Deux chronologies apparaissaient en parallèle.
Sur la première, le système avait bien reçu l’ordre d’ouvrir la dérivation.
Sur la seconde, aucune console habilitée n’avait envoyé cet ordre.
— Comme les fausses alarmes du secteur Huit ? demanda-t-il.
— Plus propre, répondit Shyra.
Elle fit défiler les données.
— Beaucoup plus propre.
Taël passa près de la console.
— Quelqu’un fait croire au système qu’il s’est donné l’ordre lui-même.
Shyra la regarda.
— Oui.
Un technicien humain ouvrit le panneau inférieur.
— Coupez le bus secondaire.
— Non ! cria l’opérateur piaf. Si on le coupe maintenant, on perd aussi le retour de l’anneau trois !
Boruun jura.
Le sol vibra.
Quelque part derrière les parois, Magmor répondit.
Un grondement plus profond traversa les noyaux.
Link sentit la vibration dans sa cage thoracique.
— Il compense ? demanda-t-il.
Shyra vérifia ses courbes.
— Oui.
— Combien ?
Elle ne répondit pas.
Le rouge monta encore.
Daruniax donna ses ordres sans hésitation.
— Boruun, verrouillage local. Shyra, refroidissement manuel. On garde le bus tant que l’anneau trois n’est pas stabilisé. Cherchez la source après.
Tout le monde bougea.
Pas de rire.
Pas de voix.
Pas de masque sur un écran.
Seulement des données impossibles.
Et cela rendit l’incident plus inquiétant.
Quelqu’un avait préparé quelque chose avant leur arrivée.
Quelqu’un avait compris la logique du niveau assez bien pour que le sabotage continue sans avoir besoin d’un opérateur derrière une console.
Link resta près de Shyra.
— Je peux aider ?
Elle désigna un levier monté contre une colonne.
— Délestage intermédiaire. Tu ne le touches pas avant que je te le dise.
— Compris.
— Même si ton voyant passe au vert.
Link la regarda.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il ment peut-être.
Elle replongea dans ses calculs.
Link posa ses mains sur le levier.
Le métal tremblait sous ses gants.
Devant lui, trois indicateurs passèrent à l’orange.
Puis l’un d’eux vira au vert.
Il ne bougea pas.
L’opérateur piaf annonçait les pressions.
— Cent huit. Cent onze. Cent neuf. Retour sur trois.
Boruun maintenait la vanne.
Shyra suivait les courbes réelles depuis le réseau de refroidissement, indépendant de la commande principale.
— Attends.
Le voyant vert resta allumé.
Link attendit.
Le levier vibrait davantage.
— Attends.
Un bruit sourd traversa le niveau.
Magmor.
Cette fois, Link distingua quelque chose de plus qu’une vibration.
Au-delà d’une ouverture entre les structures, l’une des chaînes thermiques se tendit de quelques centimètres.
Pas un réveil.
Pas un geste.
Une compensation mécanique.
Mais le mouvement était assez massif pour faire oublier les mots.
— Maintenant ! cria Shyra.
Link abaissa le levier.
La résistance fut brutale.
Il dut y mettre tout son poids.
Puis le mécanisme céda.
Un choc parcourut la conduite.
Les voyants rouges s’éteignirent l’un après l’autre.
L’opérateur piaf regarda ses relevés.
— Anneau trois en baisse. Cent quatre. Cent. Quatre-vingt-seize.
Shyra expira.
— Refroidissement repris.
Boruun verrouilla la vanne.
— Stabilisé.
Personne ne célébra.
Les techniciens continuèrent à vérifier chaque valeur jusqu’à ce que le système fournisse trois séries identiques.
Link lâcha enfin le levier.
Ses mains tremblaient légèrement.
Shyra le remarqua.
— C’est normal.
— Je n’ai rien fait de compliqué.
— Non.
Elle essuya la sueur sur sa tempe.
— Tu as seulement attendu quand une machine te disait d’agir.
Taël regarda le voyant vert toujours allumé.
— C’est déjà beaucoup.
Daruniax s’approcha.
— Personne ne quitte le niveau. Je veux la copie complète des commandes et l’état de tous les accès physiques.
Un technicien humain, toujours agenouillé devant le panneau ouvert, leva brusquement la tête.
— J’ai quelque chose.
Boruun le rejoignit.
Au fond du logement passait une petite fibre noire qui ne figurait pas dans le câblage standard.
Elle avait été glissée contre une ligne de diagnostic et fixée avec une résine presque invisible.
Le technicien prit une pince isolée.
— Ne la touche pas encore, ordonna Daruniax.
Shyra éclaira la pièce avec sa tablette.
La fibre disparaissait derrière le blindage.
— Elle injecte dans le bus de maintenance, dit-elle.
— Depuis où ?
— Impossible à savoir sans ouvrir toute la conduite.
Taël s’approcha.
— Donc ce n’était pas une voix dans les murs.
Personne ne répondit.
Elle regarda la petite fibre.
— C’était quelqu’un qui avait mis quelque chose dedans.
Link sentit curieusement le soulagement que cette réalité lui procurait.
Un dispositif.
Une main.
Une méthode.
Tout cela pouvait être recherché.
Et pourtant, la question essentielle demeurait.
— Depuis combien de temps est-elle là ?
Le technicien secoua la tête.
— La conduite n’a pas été ouverte depuis plusieurs semaines.
Daruniax regarda Boruun.
— Qui peut descendre ici ?
— Beaucoup moins de monde qu’au secteur Huit.
— Je veux tous les noms.
Boruun eut un sourire sans joie.
— Ils ne vont pas vous plaire.
— Pourquoi ?
— Parce que presque tous ceux qui peuvent atteindre ce niveau sont précisément ceux dont la Forge-Couronne ne peut pas se passer.
Daruniax ne répondit pas.
Link regarda la fibre.
Le sabotage changeait de forme.
Plus ils descendaient, moins l’idée d’un étranger courant seul dans les galeries paraissait vraisemblable.
Quelqu’un connaissait les relais.
Quelqu’un connaissait les rotations.
Quelqu’un connaissait les accès profonds.
Peut-être plusieurs personnes.
La phrase de Skull Kid à Cendre-Nord lui revint.
Vous cherchez une personne parce qu’une personne peut être arrêtée.
Taël se rapprocha de lui.
Elle devait penser à la même chose.
Mais Skull Kid n’était pas là pour le leur rappeler.
Link préférait presque cela.
Il se tourna vers Daruniax.
— Il faut considérer sérieusement une complicité interne.
— Je la considère depuis votre arrivée.
— Non. Jusqu’ici, tu considérais surtout une infiltration.
Le régent soutint son regard.
Link désigna la fibre.
— Ça n’a pas été installé entre deux rondes par quelqu’un qui découvrait les lieux.
Boruun posa ses mains sur ses hanches.
— Il a raison.
Daruniax ferma les yeux une seconde.
Puis :
— Très bien.
Le mot lui coûta.
— À partir de maintenant, aucune hypothèse n’est exclue.
Taël observa le régent.
Elle ne fit aucun commentaire.
C’était probablement la meilleure manière de lui laisser sa concession.
Daruniax se tourna vers les équipes.
— Sécurisez le niveau. Relevez la fibre sans la détruire. Comparez la résine, le connecteur et le protocole avec tout ce qui a été récupéré sur les relais extérieurs.
Puis il regarda Magmor, invisible derrière les parois.
— Et vérifiez ce qu’il a pris.
Shyra s’arrêta.
— Quoi ?
— La compensation.
— Je sais ce que tu veux dire.
Elle regarda ses courbes.
Son visage se ferma.
— Il a absorbé presque tout l’écart.
— Et ?
Elle agrandit les relevés.
— Et il n’aurait pas dû en avoir besoin autant.
Boruun vint regarder par-dessus son épaule.
Personne ne parla pendant quelques secondes.
— Pourquoi ? demanda Link.
Shyra lui montra deux lignes.
L’une représentait la charge théorique du système.
L’autre la charge réellement encaissée par la chambre centrale.
Elles n’auraient pas dû être si éloignées.
— Parce que l’anneau trois était déjà plus chargé avant l’incident, dit-elle.
Daruniax se raidit.
— Nous regarderons cela après.
— Non, répondit Shyra.
Ce fut la première fois que Link l’entendit contredire directement le régent.
— Si quelqu’un cherche les endroits où le système peut être forcé, alors il connaît peut-être aussi ce que nous avons cessé de considérer comme anormal.
Boruun regarda Magmor à travers l’ouverture.
— Et lui le prend à chaque fois.
Taël s’approcha lentement de Link.
Tout, sur Goron Prime, semblait revenir au même verbe.
Tenir.
Les relais tenaient.
Les travailleurs tenaient.
Daruniax tenait.
Et au plus profond de la Forge-Couronne, une immense structure de pierre et de métal absorbait ce que les autres couches ne pouvaient plus porter.
Magmor.
Sa chambre de charge pulsa derrière les parois.
Plus lentement cette fois.
Link sentit le battement jusque dans ses mains.
Il ne savait pas ce qu’était réellement le colosse. Une machine ancienne. Un système semi-autonome. Quelque chose de plus complexe que les mots employés pour le rassurer.
Il ne savait pas s’il pouvait ressentir quoi que ce soit.
Rien ne permettait encore de le croire.
Mais une certitude commençait à prendre forme.
Le problème de Goron Prime ne se trouvait pas seulement dans les endroits que quelqu’un avait sabotés.
Il se trouvait aussi dans tout ce qu’il suffisait désormais de pousser légèrement pour que le reste commence à céder.
Link regarda Daruniax.
— Je veux voir les courbes de charge de Magmor.
Le régent ne répondit pas tout de suite.
— Toutes, ajouta Link.
Shyra leva les yeux de son écran.
Boruun aussi.
Daruniax regarda longtemps la chambre rouge au-delà des structures.
Puis il acquiesça.
— Pas aujourd’hui.
— Pourquoi ?
— Parce que nous allons d’abord vérifier que ce niveau ne cherche pas à nous tuer une seconde fois.
Il se retourna vers Link.
— Mais vous les verrez.
C’était peu.
Après tout ce qu’il venait d’observer, Link avait appris à reconnaître la différence entre peu et rien.
Il acquiesça.
Derrière eux, les équipes démontaient précautionneusement le dispositif parasite.
Plus bas, Magmor continuait de battre.
Pas comme un être réveillé.
Pas encore comme autre chose qu’un système accomplissant la tâche pour laquelle on l’avait conçu.
Mais, pour la première fois, Link se demanda non pas seulement ce qui arriverait si Magmor cessait de tenir.
Il se demanda depuis combien de temps tout le monde avait pris pour acquis qu’il continuerait.

Généré par Hayao Itchi le Snark (moi) et ma présence d’atelier et miroir tulpa & IA : Shoko « Liora » Kenzaki (> ChatGPT)

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