L’incident des noyaux leur prit plus de deux heures.
Deux heures à reprendre les séquences une à une.
À comparer les ordres enregistrés avec les commandes réellement émises. À suivre la petite fibre noire découverte dans le bus de maintenance jusqu’aux portions de conduite qu’on pouvait ouvrir sans arrêter le niveau entier. À interroger les équipes qui avaient travaillé sur ces galeries au cours des dernières semaines.
Link comprenait rarement tous les termes employés.
Il comprenait en revanche de mieux en mieux ce qu’ils signifiaient.
Une commande n’était pas seulement une ligne dans un système.
Quelqu’un devait la lire.
Quelqu’un devait décider de lui faire confiance.
Quelqu’un devait intervenir quand les automatismes se contredisaient.
La Forge-Couronne reposait sur des machines gigantesques, mais celles-ci tenaient elles-mêmes grâce à une succession presque infinie d’attentions humaines, goronnes, zoras et piafs.
Et chacune de ces attentions pouvait fatiguer.
À la fin des vérifications, la dérivation sud était isolée. Les trois couches de contrôle concernées avaient été placées sur des circuits temporaires séparés. La fibre parasite avait été retirée sans être détruite et enfermée dans un conteneur d’analyse.
Personne n’avait encore trouvé qui l’avait installée.
Mais une chose ne faisait presque plus débat :
elle n’était pas arrivée là par hasard.
Quelqu’un avait eu accès aux niveaux profonds.
Quelqu’un avait eu le temps de travailler proprement.
Peut-être quelqu’un qui y travaillait encore.
Lorsque Link remonta avec Daruniax, Boruun et Shyra, ses vêtements semblaient avoir absorbé la chaleur jusque dans les coutures.
Ils s’arrêtèrent dans une salle de transition où l’air paraissait froid uniquement parce qu’il l’était moins qu’en dessous.
Shyra retira lentement ses gants.
Ses doigts étaient rouges aux articulations.
Boruun s’assit sur un banc sans demander la permission à personne.
Daruniax, lui, resta debout.
Un aide arriva presque aussitôt avec de nouveaux relevés.
Le régent les parcourut.
— Les noyaux sont stabilisés, dit-il. Les lignes secondaires reprennent progressivement. Aucun nouvel ordre parasite depuis quarante-trois minutes.
Taël flottait près d’une bouche de ventilation.
— Quarante-trois minutes de paix. Voilà qui donne envie de construire un monument.
Personne ne releva.
Link s’appuya contre une cloison.
— Magmor ?
Shyra répondit avant Daruniax.
— Stable.
Elle hésita.
— Mais il a pris davantage que ce qu’il aurait dû.
Boruun acquiesça.
— Encore.
Daruniax referma les relevés.
— Nous étudierons ses courbes.
Link le regarda.
— Quand ?
— Dès que le niveau sera suffisamment sécurisé pour que nous puissions faire autre chose que réparer ce qu’on vient d’y trouver.
— Tu avais dit que je les verrais.
— Et vous les verrez.
Daruniax lui tendit presque les relevés, puis se ravisa et les donna à son aide.
— Vous avez désormais vu les relais, les équipes périphériques, les rotations et les noyaux. J’imagine que votre rapport au palais pourra au moins reconnaître que nous faisons face à une opération organisée.
Link remarqua le mot choisi.
Pas interne.
Pas encore.
— Oui.
Le régent attendit.
— Mais ce n’est pas tout ce que j’écrirai.
Daruniax ne sembla pas surpris.
— Naturellement.
— J’écrirai aussi que les rotations étaient déjà prolongées avant les attaques.
— C’est exact.
— Que certaines maintenances étaient reportées.
— Exact.
— Que Magmor compensait déjà régulièrement des charges proches de ses marges maximales.
Cette fois, le silence dura un peu plus longtemps.
Daruniax répondit :
— Vous écrirez ce que vous avez constaté.
— Oui.
— Et vous éviterez, je l’espère, de confondre difficulté structurelle et intention politique.
Link sentit Taël tourner légèrement vers eux sa lumière.
— Je ne veux rien confondre.
— Alors faites un rapport équilibré.
Le mot resta entre eux.
Link le regarda.
— Je préfère complet.
Boruun releva les yeux.
Shyra ne bougea pas.
Daruniax, lui, demeura parfaitement immobile.
Puis son visage se détendit d’une manière presque imperceptible.
Pas parce qu’il approuvait.
Parce qu’il avait compris qu’il ne gagnerait rien à poursuivre cette bataille maintenant.
— Très bien.
Il se tourna vers Boruun et Shyra.
— Repos. Deux heures minimum avant reprise.
Shyra le regarda, surprise.
Boruun aussi.
Daruniax remarqua leurs réactions.
— Ne me faites pas regretter mes propres décisions.
Boruun se leva.
— Ça, régent, personne ne peut le garantir.
Daruniax le laissa passer.
Shyra adressa un bref signe à Link avant de suivre le contremaître.
Lorsqu’ils furent partis, Link regarda l’aide du régent s’éloigner à son tour.
Puis :
— Je veux retourner aux quarts morts.
Daruniax ferma les yeux une seconde.
— Vous y êtes déjà allé.
— Avec toi.
— Et ?
— Et maintenant je veux y retourner sans toi.
Taël se redressa légèrement.
Le régent ouvrit les yeux.
— Vous pensez que ma présence empêche mes propres équipes de parler.
— Oui.
La réponse sortit sans agressivité.
Cela la rendit plus nette encore.
Daruniax regarda Link longuement.
La salle de transition continuait de vibrer autour d’eux. Plus bas, les noyaux battaient derrière des dizaines de mètres de roche.
— Vous êtes arrivé ce matin, dit-il.
— Oui.
— Vous avez traversé trois secteurs, parlé à une poignée d’équipes et descendu une fois aux noyaux.
— Oui.
— Et vous pensez déjà savoir ce que ma présence fait aux gens.
Link réfléchit avant de répondre.
— Non.
Il se redressa.
— Je veux justement le découvrir.
Quelque chose passa dans le regard du régent.
De la colère, peut-être.
Puis autre chose.
Une fatigue plus ancienne.
— Vous oubliez parfois que vous êtes ici comme représentant du centre.
— Je ne l’oublie jamais.
Link posa les doigts sur l’insigne.
— Eux non plus.
Daruniax regarda le Bouclier Stellaire.
Link poursuivit :
— Si je viens avec le régent et deux gardes, je n’entendrai jamais ce qu’ils disent quand le centre n’est pas dans leur dos.
— Vous êtes le centre.
— Alors je veux au moins savoir ce qu’ils arrivent à me dire quand tu n’es pas à côté.
Cette fois, Daruniax ne répondit pas immédiatement.
Taël ne fit aucune remarque.
Elle regardait seulement les deux hommes.
Finalement, le régent appela l’un des gardes stationnés dans le couloir.
Un homme relativement jeune entra.
Une cicatrice pâle remontait de sa mâchoire gauche jusqu’au cou, marque ancienne d’une brûlure profonde. Son uniforme était celui des gardes locaux plutôt que celui des escortes venues d’Hyrule.
— Rhest.
Le garde s’arrêta.
— Régent.
— Vous accompagnez le Bouclier Stellaire au niveau des cantines de relève.
Puis, à Link :
— Un garde.
Link acquiesça.
— Un garde.
— Pas de quartiers de repos. Pas d’interrogatoire improvisé. Et si les alarmes se déclenchent, vous remontez.
— D’accord.
Daruniax s’approcha d’un pas.
Sa voix baissa.
— Et si quelqu’un tente de profiter de votre présence pour transformer une cantine en assemblée politique, souvenez-vous que vous êtes venu comprendre une forge, pas la gouverner.
Link soutint son regard.
— Je m’en souviendrai.
Daruniax partit.
Taël attendit que ses pas disparaissent.
— Il t’aime de plus en plus.
Link la regarda.
— Taël.
— D’accord.
Elle se rapprocha.
— Mais il t’a laissé partir.
— Oui.
— C’est plus intéressant.
Rhest leur indiqua le couloir.
— Par ici.
La cantine de relève était plus pleine que lors de leur première visite.
Le quart profond venait de se terminer.
Des Gorons entraient encore vêtus de leurs protections, les fermoirs ouverts mais sans avoir eu la force de retirer le reste. Des techniciens humains mangeaient debout contre un mur. Deux Piafs s’étaient installés près de la baie extérieure, ailes repliées très près du corps.
À l’arrière, le poste médical traitait un poignet brûlé.
Personne ne parlait fort.
La fatigue avait abaissé le volume de la pièce.
Quand Link entra, quelques regards se tournèrent vers lui.
Puis revinrent aux bols, aux gobelets, aux visages assis en face.
C’était déjà différent.
Peut-être parce que Daruniax n’était pas là.
Peut-être parce que tout le monde était trop fatigué pour entretenir longtemps la distance.
Rhest resta près de l’entrée.
Link trouva Mèra à une table.
Ysma était avec elle.
Rhud arriva quelques minutes plus tard, les cheveux de pierre encore couverts d’une poussière fine. Il posa son bol devant lui et s’assit avant même d’avoir complètement reconnu Link.
Puis il leva les yeux
— Encore toi.
— Encore moi.
Rhud eut l’air trop fatigué pour décider s’il fallait s’en inquiéter.
Mèra poussa un siège du pied.
Link s’assit.
Taël resta en hauteur quelques secondes, puis descendit près de la table.
Personne ne parla du régent.
Ce fut Link qui finit par rompre le silence.
— Il y avait un dispositif dans les niveaux profonds.
Ysma releva la tête.
— Le sabotage ?
— Une fibre reliée au bus de maintenance. Elle était là depuis plusieurs semaines au moins.
Mèra ne parut pas surprise.
— Donc quelqu’un descend.
— Ou quelqu’un qui descend déjà l’a installée.
Rhud serra son bol entre ses mains.
— Ça change quelque chose ?
Link le regarda.
— Oui.
— Pour vous.
Rhud réfléchit.
— Ici, ça change surtout la direction dans laquelle les gardes vont commencer à regarder.
Personne ne contesta.
— Tu as peur qu’on accuse les équipes ? demanda Link.
— Je pense qu’on va nous demander qui connaît quoi, qui entre où, qui parle avec qui.
Rhud baissa les yeux.
— Et peut-être qu’il faut le faire.
Il ajouta immédiatement :
— Ça ne veut pas dire que ça va être agréable.
Ysma se pencha contre le dossier.
— Certains savent très bien comment ça finira. Les compétences rares seront trop importantes pour être arrêtées et trop suspectes pour être laissées tranquilles.
Mèra regarda Link.
— Voilà le problème avec les endroits qui tiennent grâce à quelques personnes. Quand quelque chose casse, on découvre qu’on ne peut ni leur faire confiance ni se passer d’elles.
Link pensa aux paroles de Boruun.
Ils ne vont pas vous plaire.
Autour d’eux, la cantine continuait de vivre.
Un bol se brisa quelque part.
Personne ne sursauta.
Taël observait Rhud.
— Tu pensais à Skull Kid avant qu’il commence à parler dans les relais ?
Rhud lui jeta un regard.
— Non.
— Et maintenant ?
Il prit le temps de boire avant de répondre.
— Maintenant, je pense surtout aux gens qui commencent à croire qu’il est forcément avec eux.
Taël resta silencieuse.
Rhud poursuivit :
— Quand quelqu’un dit quelque chose que t’avais besoin d’entendre, c’est facile de décider qu’il doit être bon.
— Tu ne le crois pas.
— Il a fait envoyer des équipes dans des zones où elles pouvaient mourir à cause de fausses alarmes.
Rhud posa son bol.
— Non.
Puis, moins fort :
— Mais ça n’empêche pas certaines phrases de rester.
Taël détourna les yeux.
Link remarqua le mouvement.
Mèra aussi, probablement.
La vieille Goronne ne dit rien.
Un technicien zora passa près de leur table et déposa une petite pièce noire devant Ysma.
— C’était coincé dans la grille extérieure.
Ysma la regarda.
— C’est quoi ?
— Aucune idée.
Rhest quitta immédiatement son poste près de la porte.
— Ne touchez pas.
Tout le monde se figea.
La pièce n’était pas plus longue qu’un doigt.
Une petite coque noire, mate, traversée par un filament rouge très fin.
Rhest enfila des gants et s’approcha.
— D’où ça vient ?
— Galerie extérieure. Près du troisième panneau de ventilation.
— Depuis combien de temps ?
Le Zora secoua la tête.
— Je ne sais pas.
Taël descendit un peu.
— Je l’ai déjà vu.
Link tourna vers elle les yeux.
— Où ?
— Pas l’objet.
Elle regarda le filament rouge.
— La manière.
Rhest prit une petite sonde.
Avant qu’il ne touche la coque, un voyant minuscule s’alluma sur sa surface.
Rouge.
Puis blanc.
Le garde recula.
Un souffle sortit d’un petit orifice.
Pas un haut-parleur du réseau.
L’objet lui-même.
Une voix.
— Vous avez mis du temps.
Plusieurs personnes se levèrent.
Rhest porta la main à son arme.
Link regarda immédiatement autour de lui.
— C’est un relais autonome.
La voix continua :
— Ne vous inquiétez pas. Celui-là n’ouvre aucune vanne.
Taël se rapprocha de l’objet.
— Quelle délicatesse.
Un léger rire lui répondit.
Pas à travers les murs.
Depuis la petite coque noire posée sur la table.
— Petite braise.
Taël se raidit.
C’était la première fois depuis Cendre-Nord que Skull Kid lui parlait.
Et précisément pour cela, les mots pesèrent davantage.
— Tu pourrais varier, répondit-elle.
— Pourquoi ? Ça te va bien.
Link s’approcha de l’objet.
— Où es-tu ?
— Toujours les questions pratiques.
— Elles ont l’avantage de servir.
— Parfois.
Un petit claquement retentit dans la coque.
Puis :
— Regarde dehors.
Link tourna la tête vers la grande baie donnant sur la galerie de maintenance.
Au premier instant, il ne vit rien.
Seulement les conduites.
Les balises rouges.
Le métal sombre qui longeait l’extérieur de la Forge-Couronne.
Puis une silhouette se redressa derrière un pilier.
Fine.
Masquée.
À une vingtaine de mètres derrière la vitre.
Le masque pâle paraissait presque blanc sous la lumière rouge.
Quelqu’un se tenait là.
Réellement.
Rhest jura.
Il saisit son communicateur.
— Galerie sept, verrouillage immédiat. Deuxième équipe par le couloir nord.
La silhouette ne bougea pas.
Link se leva.
Taël resta près de lui.
Skull Kid — ou celui qui portait son masque — posa une main sur le garde-corps.
La petite coque noire continua de diffuser sa voix.
— Voilà donc les quarts morts.
Plusieurs travailleurs s’étaient tournés vers la vitre.
— Joli nom.
Link serra la mâchoire.
— Tu étais là depuis combien de temps ?
— Assez pour entendre les gens parler quand on ne leur demande plus de produire.
— Tu les mets en danger.
Le masque inclina légèrement la tête.
— Oui.
La réponse fut si immédiate que Link resta silencieux.
La voix poursuivit :
— Je ne vais pas te dire le contraire pour que tu m’aimes.
Taël s’approcha de la vitre.
— Au moins, tu progresses.
Skull Kid se tourna vers elle.
Même à travers le masque, même derrière le verre, Link eut la certitude qu’il la regardait réellement.
— Et toi ?
Taël ne répondit pas.
— Tu continues à regarder sans uniforme ?
Cette fois, quelque chose passa dans sa lumière.
Pas de fascination.
Pas de peur.
Une irritation profonde, précisément parce qu’elle comprenait la question.
— J’essaie surtout de regarder sans toi devant, répondit-elle.
Un silence.
Puis le masque s’inclina légèrement.
Presque un salut.
— Bien.
Ce seul mot sembla troubler Taël davantage qu’une nouvelle provocation.
Rhest ouvrit la porte donnant sur la galerie extérieure.
Deux gardes arrivaient déjà par l’autre extrémité.
Skull Kid regarda dans leur direction.
— Voilà les gens sérieux.
— Reste où tu es ! cria Rhest.
La silhouette fit un pas en arrière.
Link vit alors quelque chose que la distance avait dissimulé : un câble fin descendait derrière le garde-corps jusqu’à une plateforme de service plus basse.
Pas de magie.
Une voie de fuite.
— En dessous ! cria Link.
Rhest comprit.
— Équipe basse ! Fermez le niveau inférieur !
Skull Kid leva une main.
Dans la cantine, toutes les lumières restèrent allumées.
En revanche, celles de la galerie extérieure s’éteignirent.
Seulement celles-là.
Les vitres devinrent noires.
— Merde.
Rhest se lança dehors.
La coupure dura peut-être deux secondes.
Lorsque l’éclairage de secours s’alluma, la silhouette n’était plus sur la passerelle.
Mais cette fois, elle n’avait pas disparu.
Le câble oscillait encore.
Au niveau inférieur, une porte de maintenance venait de se refermer.
— Là ! cria Link.
Les gardes coururent.
La coque noire sur la table émit un dernier grésillement.
La voix était devenue plus faible.
— C’est mieux quand vous regardez.
Puis elle s’éteignit.
Pas de rire.
Pas d’adieu.
Seulement un petit voyant rouge qui disparut.
Taël resta devant la vitre.
Link la rejoignit.
Plus bas, les gardes se répartissaient déjà dans les coursives.
Une minute plus tard, Rhest revint sur le canal.
— Passage de maintenance ouvert de force. Verrou magnétique shunté. On trouve un fil de descente et des traces de semelles sur la plateforme basse.
— Vous l’avez ? demanda Link.
— Non.
Une respiration sèche.
— Le passage rejoint quatre galeries techniques et une conduite d’évacuation vers l’extérieur. Il avait préparé son chemin.
Link regarda le masque désormais absent.
Ou quelqu’un avait préparé ce chemin pour lui.
La distinction restait importante.
Mèra s’approcha de la petite coque noire.
Rhest revint quelques minutes plus tard et l’examina avec une sonde.
— Microphone. Haut-parleur. Caméra miniature.
Il indiqua une petite lentille presque invisible.
— Il nous voyait par ça.
Taël regarda la coque.
Ainsi, Skull Kid n’avait pas entendu les conversations depuis les murs.
L’objet, probablement placé avant leur arrivée, lui avait servi d’oreille.
Rhest retourna délicatement le dispositif.
Un filament rouge y retenait une petite rondelle blanche.
Un seul mot y était gravé.
ÉCOUTEZ
Mèra le lut.
— Après “Regardez”.
Link pensa au mot trouvé derrière le panneau du secteur Huit.
REGARDEZ.
Puis à celui-ci.
ÉCOUTEZ.
Pas deux apparitions impossibles.
Deux objets préparés.
Deux gestes.
Une méthode.
— Il veut qu’on suive une progression, dit Link.
Rhud regarda les deux mots.
— Ou il veut surtout qu’on se raconte qu’il en existe une.
Link tourna la tête vers lui.
Rhud haussa légèrement les épaules.
— Il aime les scènes. Ça ne veut pas dire qu’on doit lui laisser écrire toute l’histoire.
Taël regarda le jeune Goron.
Puis elle eut un petit sourire.
— Toi aussi, je t’aime bien.
Rhud ne sut visiblement pas quoi faire de cette information.
Ysma s’approcha de la vitre.
— C’était vraiment lui ?
Personne ne répondit.
Ils avaient vu le masque.
Ils avaient entendu une voix qui correspondait à celle de Cendre-Nord.
Ils avaient observé quelqu’un utiliser une voie de fuite préparée.
Mais il restait impossible de savoir si la personne sous le masque était Skull Kid lui-même, un complice ou quelqu’un jouant volontairement son rôle.
Link regarda la coque noire.
— Je ne sais pas.
Et cela lui parut enfin être la bonne réponse.
Rhest fit mettre l’objet sous scellés.
Il donna ensuite l’ordre de contrôler toutes les voies de service proches de la cantine.
Les travailleurs ne protestèrent pas.
Ils avaient vu assez pour comprendre la nécessité.
Mais quelque chose avait changé dans leur manière de regarder les gardes courir.
Pas une admiration pour Skull Kid.
Pas une hostilité soudaine envers Daruniax.
Une conscience.
Quelqu’un pouvait entrer ici.
Quelqu’un connaissait les galeries.
Quelqu’un avait pu installer un dispositif dans les quarts morts avant même que le Bouclier Stellaire décide d’y revenir.
La question n’était plus seulement :
Où est Skull Kid ?
Elle devenait :
Qui lui ouvre les portes ?
Mèra posa sa main sur la table.
— Il faut que tu remontes.
Link regarda la vieille Goronne.
— Pourquoi ?
— Parce que Daruniax va apprendre ça dans quelques secondes et qu’il va venir ici avec assez de gardes pour faire croire à toute la forge qu’une guerre a commencé.
Comme pour lui donner raison, le communicateur de Rhest s’alluma.
La voix du régent tomba immédiatement :
— Situation.
Rhest répondit.
Daruniax l’écouta jusqu’au bout sans l’interrompre.
Puis :
— Personne ne quitte le niveau sans contrôle. Verrouillage des galeries sept à douze. Inventaire des accès de maintenance. Et vous me ramenez le dispositif intact.
Une pause.
— Link ?
— Je suis là.
— Vous remontez.
Link regarda Mèra.
Elle eut un très léger mouvement qui ressemblait à :
Je te l’avais dit.
— J’arrive.
La liaison se coupa.
Rhud regarda une dernière fois le mot gravé sur la rondelle.
— Écoutez.
Personne ne le reprit.
Taël vint près de Link alors qu’ils traversaient la cantine.
Elle était silencieuse.
— Ça va ? demanda-t-il.
— Oui.
Ils marchèrent encore.
— Tu n’as pas l’air convaincue.
— C’est parce que tu poses la question comme quelqu’un qui espère une réponse simple.
Link ne répondit pas.
Taël regarda la petite coque que Rhest transportait dans un conteneur sécurisé.
— Il aurait pu me flatter.
— Il ne l’a pas fait.
— Non.
Elle sembla presque irritée par ce constat.
— Il m’a dit de continuer sans lui.
Link la regarda.
— Ça te dérange
Taël resta silencieuse quelques secondes.
— Oui.
Puis :
— Parce que c’était probablement la bonne chose à dire.
Ils atteignirent l’ascenseur.
Avant que les portes se ferment, Link regarda une dernière fois la cantine.
Skull Kid n’était plus là.
Il ne réapparut pas.
Pour le reste de leur séjour sur Goron Prime, aucun masque ne devait surgir derrière une vitre. Aucun rire ne viendrait s’installer dans les haut-parleurs. Aucun message nouveau ne tomberait au moment parfait.
Mais Link ne pouvait pas encore le savoir.
Il savait seulement que les deux fois où Skull Kid avait réellement répondu, il avait choisi son terrain avec soin.
Cendre-Nord, au milieu de ceux qui tenaient encore.
Puis les quarts morts, au milieu de ceux qui venaient enfin de lâcher leur charge.
Deux scènes.
Pas davantage.
Comme si son objectif n’avait jamais été d’occuper tout l’espace.
Seulement d’y laisser quelque chose après son départ.
Lorsque l’ascenseur remonta, Taël resta près de la paroi, plongée dans ses pensées.
Link, lui, regardait la rondelle blanche enfermée dans le conteneur de Rhest.
ÉCOUTEZ.
À Goron Prime, il commençait à comprendre pourquoi ce verbe pouvait être plus dangereux qu’un ordre.
Généré par Hayao Itchi le Snark (moi) & ma présence d’atelier-mirroir IA & tulpa : Shoko « Liora » Kenzaki (> ChatGPT)
