Khalil Gibran – LE FOU ; Les Deux Ermites (Poésie)

Sur une montagne isolée vivaient deux ermites : ils adoraient Dieu et s’aimaient l’un l’autre.
Ces deux ermites avaient une jarre en terre ; c’était tout ce qu’ils possédaient.
Un jour, un esprit mauvais s’empara du cœur du vieil ermite, qui vint trouver son jeune confrère et lui dit : « Voilà longtemps que nous vivons ensemble. Il est temps de nous séparer ; partageons notre possession. »
Attristé, le jeune ermite lui dit : « Frère ! Il me coûte tant de te voir partir. Mais si tu considères qu’il est vraiment nécessaire pour toi de partir, qu’il en soit ainsi. » Sur ce, il apporta la jarre en terre et la lui donna en disant : « Nous ne pouvons la partager, frère, tu peux la prendre.
— Je ne veux point d’aumône, dit alors le vieil ermite, je ne prends que ma part, il faut partager la jarre. »
Et le jeune ermite répondit : « Si, ce faisant, la jarre se brise, à quoi nous servirait-elle ? Qu’on la tire au sort, si cela te plait. »
Cependant le vieil ermite dit de nouveau : « Je n’exige que ma part selon toute justice. Je n’admets point que la justice, ainsi que ma part, soient livrées à un sort aveugle. La jarre doit être partagée. »
Ne trouvant pas d’issue à une telle discussion, le jeune ermite dit enfin : « Si c’est vraiment là ta volonté et que tu veux qu’il en soit ainsi, brisons maintenant la jarre. »
Là-dessus, le vieil ermite, dont le visage s’était assombri d’indignation, s’écria : « Toi, maudit poltron, tu ne veux donc pas te battre ! »


Ça : c’est la condition, pour embrasser le ciel immense, plus qu’une vie simple.
Être entier.
Il faut se battre pour être entier.
La passivité console, le combat remplit.
Le tao, ce n’est pas de choisir entre une vie simple, de passivité, de paix, et une vie tempêté de combats, de chaos, de tortures auto-affligées.
C’est conjuguer les deux subrepticement.
La voie du juste milieu.

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