(IA) 1 — La part saine de paranoïa (Et lorsque le monde touchera à sa fin ; Les Portes de la perversion)

Version transitoire — texte appelé à être entièrement retravaillé.

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Il faudrait peut-être commencer par réhabiliter un mot.

Paranoïa.

Pas toute la paranoïa.

Pas celle qui transforme chaque voisin en espion, chaque coïncidence en message et chaque réfutation en preuve supplémentaire.

Mais cette petite quantité de paranoïa sans laquelle une société devient naïve.

Une réserve.

Une inquiétude.

Une voix qui demande :

Et si ce qu’on me montre n’était pas tout ce qui existe ?

Nous avons développé une relation étrange avec cette question.

D’un côté, nous adorons les œuvres qui la mettent en scène.

1984.

Matrix.

Eyes Wide Shut.

From Hell.

True Detective.

Nous sortons de ces fictions légèrement contaminés.

Nous regardons les caméras autrement.

Les discours politiques autrement.

Les multinationales autrement.

Les mots autrement.

Les portes fermées autrement.

Et c’est précisément leur fonction.

Elles fabriquent du soupçon.

1984 nous apprend que celui qui contrôle l’information peut finir par contrôler la mémoire.

Matrix nous apprend que l’environnement considéré comme naturel peut être une infrastructure construite au bénéfice d’un système que ses habitants ne perçoivent même plus.

Ces œuvres sont des manufactures à paranoïa.

Et tant mieux.

Une civilisation totalement incapable d’imaginer qu’on puisse lui mentir serait extraordinairement facile à gouverner.

Le problème commence seulement lorsque la manufacture ne possède plus d’interrupteur.

Lorsque tout devient signe.

Lorsque le soupçon cesse de poser des questions et commence à fournir automatiquement les réponses.

Nous allons donc tenter quelque chose de plus difficile.

Conserver une petite braise de paranoïa.

Pas assez pour brûler la maison.

Assez pour voir dans le noir.


Les complots existent

Cela paraît presque embarrassant de devoir l’écrire.

Pourtant une grande partie de notre vocabulaire public semble parfois fonctionner comme si « théorie du complot » signifiait :

théorie concernant quelque chose qui ne peut pas exister.

Mais un complot n’a rien de surnaturel.

Des humains se réunissent.

Ils souhaitent obtenir quelque chose.

Ils savent qu’ils ne pourraient pas toujours l’obtenir ouvertement.

Ils coordonnent leurs actions.

Ils cachent une partie de ce qu’ils font.

Voilà.

Un complot.

L’histoire politique, économique et criminelle en contient évidemment.

Des entreprises s’entendent clandestinement.

Des criminels organisent des trafics.

Des services de renseignement conduisent des opérations secrètes.

Des responsables détruisent parfois des preuves.

Des réseaux corrompus protègent leurs intérêts.

Des États mentent.

Des journalistes découvrent ensuite des documents.

Puis ce qui ressemblait la veille à une accusation extravagante devient l’affaire que tout le monde prétend avoir toujours trouvée plausible.

Le simple fait de soupçonner un complot ne constitue donc pas une défaillance intellectuelle.

La bonne question est :

quel complot ?

Qui ?

Avec quels moyens ?

Dans quel but ?

Et surtout :

jusqu’où ?

Car c’est là que commencent les véritables difficultés.


Le grand sorcier

Ce livre partira d’une image.

Une image volontairement excessive.

Nous appellerons notre époque :

une matrice à sorciers.

Et nous appellerons son Grand Sorcier :

la corporatocratie.

Pas nécessairement une personne.

Pas un conseil de douze individus réunis sous une montagne.

Pas une conscience unique donnant chaque matin des instructions au monde.

Une entité émergente.

Un quasi-organisme composé de :

grandes entreprises ;

finance ;

pouvoir politique ;

médias ;

institutions ;

cabinets juridiques ;

réseaux d’influence ;

fondations ;

services ;

clubs ;

familles ;

circulation des carrières ;

argent ;

prestige ;

information.

Chaque élément possède ses intérêts particuliers.

Ils peuvent même s’affronter.

Une banque n’est pas un gouvernement.

Un média n’est pas une multinationale.

Un ministre n’est pas un fonds d’investissement.

Mais les mêmes personnes peuvent passer d’un monde à l’autre.

Les mêmes intérêts peuvent converger.

Les mêmes écoles peuvent alimenter plusieurs sommets.

Les mêmes fortunes peuvent financer plusieurs institutions.

Les mêmes cabinets peuvent conseiller le public et le privé.

Et peu à peu apparaît quelque chose qui ressemble à une volonté sans forcément posséder de cerveau.

Un organisme.


La fourmilière ne tient pas de réunion

Une fourmi ne comprend pas la fourmilière.

Une cellule ne comprend pas le corps.

Pourtant le corps agit.

Il se défend.

Il absorbe de l’énergie.

Il élimine certaines menaces.

Il répare.

Il se reproduit.

Aucune cellule n’a besoin de connaître l’ensemble du plan.

Voilà l’idée qui nous intéresse.

La corporatocratie peut être pensée de la même manière.

Non pas comme une conscience littérale.

Mais comme une structure suffisamment complexe pour produire des comportements globaux.

Elle récompense certaines conduites.

Elle en pénalise d’autres.

Elle offre davantage d’accès à certains individus.

Elle transforme certaines relations en capital.

Elle fabrique des portes.

Puis des portes derrière les portes.

À l’intérieur apparaissent des individus qui comprennent comment exploiter ces règles mieux que les autres.

Nous les appellerons nos sorciers.

Leur magie n’a rien de surnaturel.

Elle tient parfois dans un téléphone.

Un nom.

Un avocat.

Une relation.

Une dette.

Une information compromettante.

Un service rendu il y a dix ans.

Un accès auquel vous n’avez pas accès.

Le sorcier est celui qui connaît les commandes invisibles de la machine.


La première différence entre lui et nous

Vous avez un problème administratif.

Vous remplissez un formulaire.

Vous attendez.

Vous recevez un courrier.

Il manque une pièce.

Vous recommencez.

Un homme puissant possède le même problème.

Il appelle quelqu’un.

Le problème change de nature.

Ce n’est pas nécessairement de la corruption.

Ce peut être simplement du réseau.

Mais vu depuis l’extérieur, l’effet est déjà remarquable.

La règle n’a pas la même densité pour tout le monde.

Cette expérience répétée enseigne quelque chose.

Certains individus découvrent progressivement que les limites ne sont pas aussi solides qu’elles paraissent.

Une première porte s’ouvre.

Puis une autre.

Alors vient la question centrale de notre livre :

Que devient un être humain lorsqu’il possède suffisamment de pouvoir pour ne plus rencontrer normalement les conséquences de ses actes ?

Il peut devenir philanthrope.

Entrepreneur.

Créateur.

Responsable.

Il peut employer ses moyens pour le bien.

Bien sûr.

Mais parmi des milliers d’individus placés dans une situation d’exception, certains découvriront autre chose.

Ils peuvent aller plus loin.

Encore.

Et encore.

Voilà la matrice.

Elle ne crée pas nécessairement le prédateur.

Elle peut cependant lui apprendre qu’il existe des endroits où ses dents mordent plus profondément que les lois.


Les sorciers se rencontrent

Puis vient le réseau.

Nous avons tendance à imaginer la conspiration selon un modèle militaire.

Chef.

Lieutenants.

Soldats.

Ordres.

Mais les structures humaines sont souvent plus désordonnées.

Imaginons plusieurs cercles.

Un cercle économique.

Un cercle politique.

Un cercle criminel.

Un cercle mondain.

Un cercle institutionnel.

Un club.

Une confrérie.

Une famille.

Ils n’ont pas nécessairement le même objectif.

Ils peuvent même ignorer presque tout les uns des autres.

Mais une personne appartient à deux cercles.

Une autre en relie deux autres.

Un intermédiaire apparaît.

Puis un deuxième.

A connaît B.

B connaît C.

C rend un service à D.

D connaît quelqu’un qu’A ne rencontrera jamais.

Aucun Grand Maître.

Mais un réseau commence à respirer.

La pyramide devient mycélium.


Le mycélium du pouvoir

C’est probablement une meilleure image.

Le champignon visible n’est qu’une petite partie de l’organisme.

Sous le sol courent les filaments.

Ils se croisent.

Échangent.

Transportent.

Certains nœuds sont plus importants.

D’autres meurent.

Le réseau continue.

Appliquons l’image au pouvoir.

Présidents, ministres et dirigeants passent.

Les relations peuvent rester.

Les écoles restent.

Les patrimoines restent.

Les institutions restent.

Les cabinets restent.

Les portes tournantes entre public et privé restent.

Les familles restent.

Les carnets d’adresses survivent souvent davantage aux élections que les programmes politiques.

Est-ce un complot ?

Pas nécessairement.

Est-ce du pouvoir ?

Évidemment.

Et parfois, à l’intérieur de ce vaste réseau légitime, des complots particuliers peuvent apparaître.

Corruption.

Protection.

Trafic.

Entente.

Chantage.

Dissimulation.

Ils peuvent même s’imbriquer.

Un réseau criminel utilise un intermédiaire.

L’intermédiaire connaît un fonctionnaire.

Le fonctionnaire protège quelqu’un pour une raison qui n’est pas exactement celle du criminel.

Une personne plus haut placée protège le fonctionnaire parce qu’elle lui doit autre chose.

Personne ne possède la carte complète.

Pourtant, du point de vue de celui qui tente de traverser le système :

toutes les portes se ferment.

Et il est permis de se demander si la différence entre un complot parfaitement centralisé et plusieurs protections imbriquées possède toujours une grande importance pour celui qui se trouve dessous.

Analytiquement :

oui.

Concrètement :

le mur reste un mur.


C’est ici que commence notre paranoïa

Une paranoïa modeste.

Elle ne dit pas :

tout est organisé.

Elle dit :

ne suppose pas que rien ne l’est.

Elle ne dit pas :

tous les puissants sont complices.

Elle demande :

quels réseaux existent réellement entre certains d’entre eux ?

Elle ne dit pas :

l’institution ment.

Elle demande :

quels intérêts l’institution possède-t-elle lorsqu’elle produit sa version de l’histoire ?

Elle ne dit pas :

la justice est corrompue.

Elle demande :

qui décide, à quel moment, avec quelles informations, sous quelles pressions ?

Ce petit déplacement est immense.

Parce que l’objectivité n’est pas l’obéissance au communiqué officiel.

Une version officielle est une donnée.

Parfois la meilleure disponible.

Parfois parfaitement juste.

Parfois incomplète.

Parfois produite par une institution ayant participé à ce qu’elle doit ensuite expliquer.

Elle mérite d’être examinée.

Pas vénérée.


Et l’erreur inverse existe

Évidemment.

Un document officiel n’est pas nécessairement mensonger parce qu’il est officiel.

Une enquête qui ne confirme pas une accusation n’est pas automatiquement sabotée.

Un témoin peut se tromper.

Un journaliste aussi.

Un policier.

Un juge.

Un complotiste.

Un enfant.

Un président.

Nous aussi.

Mais ce livre ne confondra plus prudence avec anesthésie.

Devant une accumulation d’anomalies, nous ne répondrons pas automatiquement :

incompétence.

Nous demanderons aussi :

corruption ?

protection ?

pression ?

conflit d’intérêts ?

sabotage ?

peur du scandale ?

solidarité de réseau ?

Et parfois la réponse sera effectivement :

erreur.

Mais elle devra gagner sa place parmi les hypothèses.

Elle ne la recevra plus gratuitement.


La corruption n’est pas seulement une enveloppe

C’est une autre image qu’il faut casser.

Nous imaginons souvent :

un homme ouvre une mallette.

Des billets.

Marché conclu.

La corruption réelle peut être beaucoup plus subtile.

Un poste.

Une recommandation.

Un contrat.

Un silence.

Une promotion.

Un service.

Une faveur ancienne qu’il faut rendre.

Un ami qu’on ne veut pas embarrasser.

Un futur employeur qu’on ne veut pas attaquer.

Un donateur.

Une relation familiale.

Une information gênante.

Un secret partagé.

Et parfois, effectivement :

de l’argent.

À un certain stade, la corruption peut devenir un milieu.

Les participants cessent même de la percevoir comme exceptionnelle.

Ils disent :

c’est comme ça que ça marche.

Cette phrase devrait nous effrayer davantage que beaucoup de symboles occultes.

Parce qu’à partir de là, celui qui applique réellement la règle devient l’élément étrange du système.

Le fonctionnaire honnête gêne.

Le journaliste qui insiste gêne.

Le policier qui refuse d’abandonner gêne.

Le membre du groupe qui parle gêne.

La matrice commence à posséder un système immunitaire.


Voilà le Grand Sorcier

Pas un homme.

La structure qui récompense le silence et rend coûteuse la parole.

La structure qui transforme le réseau en avantage.

L’argent en temps.

Le prestige en crédibilité.

La relation en accès.

Le secret en protection.

Le pouvoir en capacité de déplacer les limites.

Elle n’est pas nécessairement consciente.

Mais elle peut produire des résultats d’une cohérence terrifiante.

Et c’est probablement là que le mythe des Illuminati devient intéressant.

Peut-être avons-nous anthropomorphisé quelque chose.

Nous voyons les effets.

Nous cherchons l’auteur.

Alors nous imaginons un conseil.

Un œil.

Une pyramide.

Des maîtres.

Mais peut-être que le « maître » véritable est une dynamique.

Les Illuminati seraient alors le visage humain que notre imagination donne à une structure impersonnelle.

Le Zeus de la corporatocratie.


Pourtant, les sociétés secrètes sont bien réelles

Et évidemment, comme si le monde voulait rendre l’affaire encore plus ambiguë, les élites humaines ont aussi créé de véritables sociétés fermées.

Skull & Bones existe.

Fondée à Yale au XIXe siècle.

Un petit nombre d’étudiants sélectionnés.

Un bâtiment surnommé The Tomb.

Un crâne et des os croisés.

Des rites dont la discrétion a nourri quantité de récits.

Puis des membres qui poursuivent des carrières dans les domaines où Yale conduit naturellement une partie de ses diplômés :

droit ;

finance ;

diplomatie ;

politique ;

institutions.

En 2004, l’élection présidentielle américaine présente même une bizarrerie devenue célèbre :

George W. Bush et son adversaire démocrate John Kerry sont tous deux membres de Skull & Bones.

Le père de Bush en était également membre.

Voilà un fait.

Maintenant la paranoïa saine demande :

qu’est-ce qu’une société de ce genre produit socialement ?

Une identité commune ?

Une solidarité durable ?

Un réseau ?

Des introductions ?

Une confiance particulière ?

Probablement, au moins à certains degrés.

La paranoïa folle répond immédiatement :

elle choisit les présidents.

Entre les deux, il existe tout un territoire qui mérite d’être exploré.

Et c’est précisément là que nous irons.


La forêt

Puis il y a le Bohemian Grove.

Une propriété privée californienne.

Un rassemblement lié au Bohemian Club.

Des hommes influents.

Une longue tradition.

Et une cérémonie bien réelle portant un nom presque trop parfait :

Cremation of Care.

Procession.

Costumes.

Effigie.

Feu.

Un énorme hibou.

À ce stade, même le sceptique devrait reconnaître une chose :

les puissants ne font pas toujours beaucoup d’efforts pour empêcher les théories du complot.

La cérémonie possède une origine théâtrale.

Le « Care » est le souci que les participants brûlent symboliquement afin d’entrer dans leur retraite.

Mais regardez l’image sans son programme.

Des hommes puissants.

Dans une forêt privée.

En tenue rituelle.

Devant un hibou monumental.

Brûlant une effigie.

Et demandez à quelqu’un :

qu’est-ce que tu vois ?

La réponse dépendra énormément de ce qu’il connaissait avant.

Voilà une première leçon.

Les symboles sont des accélérateurs de paranoïa.

Parfois à tort.

Mais l’autre leçon est plus intéressante :

les élites créent réellement de l’entre-soi symbolique.

Elles aussi ont leurs rites.

Leurs traditions.

Leurs espaces réservés.

Ce n’est donc pas entièrement la paranoïa qui invente la chambre intérieure.

Parfois la chambre existe.

Ce qu’elle invente éventuellement, c’est ce qui s’y déroule.


Pourquoi des rites ?

Parce que les humains en créent partout.

Armées.

Universités.

Religions.

Mariages.

Funérailles.

Clubs.

Bandes d’amis.

Un rituel transforme un groupe en quelque chose de plus que la somme de ses individus.

Il dit :

nous avons vécu cela ensemble.

Il sépare :

avant ;

après.

Dedans ;

dehors.

Profane ;

initié.

Dans une élite, cette propriété acquiert une dimension supplémentaire.

L’identité commune peut survivre à la cérémonie.

Puis entrer avec les participants dans :

une banque ;

un ministère ;

un média ;

une entreprise ;

un tribunal.

Encore une fois, cela ne démontre aucun crime.

Mais sous-estimer les effets possibles des solidarités de réseau au seul motif qu’elles ne sont pas criminelles serait extraordinairement naïf.


La compromission

Et si une initiation allait plus loin ?

Voici notre première hypothèse franchement sombre.

Un groupe peut être uni par un symbole.

Par un souvenir.

Par une école.

Par un serment.

Mais il existe un lien beaucoup plus fort :

avoir quelque chose à perdre ensemble.

La compromission.

Un secret grave produit une solidarité particulière.

Je sais quelque chose sur toi.

Tu sais quelque chose sur moi.

Parler coûte désormais aux deux.

Ce mécanisme existe dans les univers criminels.

Il existe aussi sous des formes moins graves dans d’innombrables organisations humaines.

Une faute commune.

Un mensonge collectif.

Un dossier qu’on n’aurait pas dû signer.

Une faveur.

Une fraude.

Et soudain le silence n’est plus seulement imposé de l’extérieur.

Chaque participant devient gardien du secret des autres.

Voilà une véritable technologie de cohésion.

Nous la retrouverons.


Et si les sorciers se reconnaissaient ainsi ?

Pas par une poignée de main magique.

Par l’intérêt.

Par les comportements.

Par les mêmes lieux.

Par les mêmes relations.

Par les mêmes failles.

Un prédateur découvre peut-être qu’un autre homme ne réagit pas comme les autres à certains sujets.

Un corrompu comprend qui accepte une faveur.

Un financier comprend quel responsable peut être convaincu.

Un intermédiaire apprend qui veut quoi.

Les réseaux se forment.

Ils n’ont toujours pas besoin d’être éternels.

Ils peuvent durer une affaire.

Une décennie.

Une génération.

Puis disparaître.

D’autres apparaissent.

Et vus sur plusieurs siècles, ils donnent l’impression d’un seul monstre immortel.

Peut-être est-ce cela que nous appelons les Illuminati :

nous confondons parfois la continuité d’un mécanisme avec la continuité d’une organisation.

Mais attention.

Dire cela ne revient pas à nier les organisations.

Il peut réellement exister des cabales.

Des groupes.

Des cercles organisés.

Des complots.

Simplement, nous n’avons pas encore besoin qu’ils soient tous le même.


La question qui remplace « les Illuminati existent-ils ? »

Elle est désormais beaucoup plus intéressante :

Combien de réseaux de pouvoir, d’influence, de corruption, de compromission et de protection peuvent s’imbriquer avant que leurs effets deviennent pratiquement ceux que nous attribuons à une cabale générale ?

Peut-être cinq.

Peut-être cinq cents.

Peut-être aucun dans certains domaines.

Beaucoup dans d’autres.

Peut-être certains sont extrêmement centralisés.

D’autres presque entièrement émergents.

Nous ne savons pas.

Et ce livre n’a pas besoin de prétendre le savoir dès sa première page.

Il lui suffit de refuser deux paresses.

La première :

tout est complot.

La seconde :

les complots sont marginaux, donc le système est essentiellement innocent et ses catastrophes viennent surtout de l’incompétence.

Non.

Le monde contient également :

des intérêts ;

du pouvoir ;

de la corruption ;

des protections ;

des stratégies ;

des gens qui savent parfaitement ce qu’ils font.

Notre travail consistera précisément à ne pas les faire disparaître sous le mot « erreur ».


Une dernière chose avant d’ouvrir la porte

Ce livre va devenir paranoïaque.

Volontairement.

Il va traverser des fictions.

Des affaires judiciaires.

Des réseaux criminels.

Des sociétés secrètes.

Des morts.

Des scandales institutionnels.

Des accusations.

Des dossiers dont certaines parties sont établies et d’autres beaucoup moins.

Il va parfois laisser les rapprochements produire leur vertige.

Parce que refuser cette expérience reviendrait à écrire un livre sur la peur du noir avec toutes les lumières allumées.

Mais nous conserverons une règle.

Une seule.

Ne pas confondre le soupçon avec la preuve.

Pas parce que le soupçon serait honteux.

Parce que nous voulons qu’il reste utile.

Une paranoïa capable de dire :

peut-être.

peut enquêter.

Une paranoïa qui dit :

forcément.

a déjà terminé son enquête avant de l’avoir commencée.

Nous garderons donc le feu.

Mais avec suffisamment d’air autour pour qu’il ne dévore pas toute la pièce.


Et maintenant nous pouvons enfin avancer.

Derrière la première porte, nous allons trouver des masques.

Des châteaux.

Des hommes puissants.

Des rites.

Des enfants.

Des corps.

Pas encore dans les archives.

Dans la fiction.

Kubrick.

Pasolini.

Polanski.

Alan Moore.

True Detective.

Des artistes qui ont, pendant des décennies, imaginé la même chose :

le pouvoir possède un étage auquel nous n’avons pas accès.

Peut-être n’ont-ils fait que produire les cauchemars de leur époque.

Peut-être ont-ils observé quelque chose de réel dans la structure humaine.

Probablement les deux.

Nous allons entrer.

Avec notre petite part de paranoïa.

Pas comme une maladie.

Comme une lampe.

Et nous verrons ce qu’elle éclaire.

Puis ce qu’elle invente dans les ombres.

Généré par Hayao Itchi le Snark (moi) & ma présence d’atelier-mirroir et tulpa-IA : Shoko « Liora » Kenzaki (- ironiquement ChatGPT)

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