(IA) 1. Cette boîte dans laquelle nous vivons tous (Et Lorsque le Monde Touchera à sa Fin ; Cette Boîte Dans Laquelle Nous Vivons Tous)

Nous naissons dans un monde qui a déjà commencé.
Avant notre premier souffle, les routes existent. Les pays ont des noms. Les terres appartiennent à quelqu’un. Les monnaies ont une valeur. Les entreprises ont des propriétaires. Les administrations ont leurs formulaires. Les semaines ont cinq jours ouvrés et deux jours que l’on appelle « week-end ». Les enfants iront à l’école, les adultes chercheront un travail, certains posséderont davantage que d’autres, et presque tout ce dont nous aurons besoin au cours de notre existence aura déjà été placé derrière une transaction.
Personne ne nous demande si cette organisation nous convient.
Ce serait d’ailleurs une question étrange à poser à un nouveau-né.
Nous arrivons simplement dedans.
Nous apprenons ensuite à nous y déplacer.
Très tôt, on nous enseigne ce qui existe, ce qui compte, ce qui vaut quelque chose et ce qui n’en vaut pas. Il y a les bonnes études et les mauvaises études. Les métiers sérieux et ceux qui le sont moins. Les quartiers désirables et les quartiers qu’il vaut mieux éviter. Les objets que l’on peut posséder et ceux qui appartiennent à quelqu’un d’autre. Les heures pendant lesquelles il est normal de dormir, celles pendant lesquelles il faut être productif, les papiers qu’il faut montrer pour traverser certaines lignes imaginaires, les chiffres qui déterminent si nous pouvons habiter quelque part, manger quelque chose ou obtenir des soins.
Tout cela finit par sembler aussi naturel que la pluie.
Pourtant, aucune de ces choses n’est la pluie.
Un salaire n’existe pas dans la nature.
Une frontière n’existe pas dans la nature.
Une entreprise, un diplôme, une dette, une retraite, un passeport, un marché financier, un taux directeur, un contrat de travail ou une société à responsabilité limitée n’existent pas de la même manière qu’une montagne, un corps ou un arbre.
Ils existent parce que nous les avons inventés.
Et cette distinction pourrait sembler conduire immédiatement vers une conclusion facile : puisque nous avons inventé tout cela, ce ne serait donc pas réel.
Ce serait une erreur.
L’un des aspects les plus étranges du monde humain est précisément notre capacité à fabriquer des choses qui n’existent pas matériellement et qui acquièrent pourtant une puissance matérielle extraordinaire.
Une frontière est imaginaire.
Essaie de la traverser sans autorisation.
L’argent est une convention.
Essaie de vivre sans en avoir.
Une entreprise est essentiellement une construction juridique.
Elle peut néanmoins employer cent mille personnes, posséder des villes entières de machines, modifier un paysage, influencer une élection ou disparaître en emportant avec elle la subsistance de milliers de familles.
La boîte dans laquelle nous vivons est faite de ce genre d’objets.
Des objets qui sont inventés, mais qui ne sont pas imaginaires au sens où l’on pourrait cesser d’y croire individuellement et les voir disparaître.
On peut décider que l’argent n’a aucune valeur.
Le boulanger n’est pas obligé d’être d’accord.
C’est peut-être même là que commence réellement la société : lorsque les fictions deviennent assez collectives pour produire des conséquences indépendantes de ceux qui les pensent.
Nous n’habitons donc pas seulement la Terre.
Nous habitons une interprétation de la Terre.
Une couche extrêmement dense de règles, d’institutions, de symboles, d’accords, de technologies, de traditions et de systèmes de mesure s’est progressivement déposée entre nous et le monde brut.
Cette couche est devenue notre environnement.
Cette couche, c’est la boîte.

Il serait rassurant, d’une certaine manière, de découvrir que quelqu’un l’a construite.
Cela simplifierait considérablement le problème.
Une salle fermée.
Quelques hommes autour d’une table.
Un plan.
Des décisions.
Des bénéficiaires clairement identifiés.
Il suffirait alors de trouver la salle, de révéler le plan et éventuellement de remplacer les hommes assis autour de la table.
Une immense partie de notre imagination politique fonctionne encore ainsi.
Quelqu’un doit être responsable.
Quelqu’un doit avoir voulu cela.
Si une structure produit durablement des résultats cohérents, nous avons tendance à lui chercher une intention cohérente.
C’est presque instinctif.
Nous sommes des animaux particulièrement doués pour reconnaître des agents.
Nous entendons un bruit dans les buissons et cherchons immédiatement ce qui l’a produit.
Nous voyons un système qui semble défendre certains intérêts et nous cherchons celui qui le dirige.
Mais notre monde est probablement beaucoup plus dérangeant que cela.
Il n’a pas besoin d’un grand architecte.
La plupart du temps, la boîte ne ressemble pas à ce qu’elle est parce que quelqu’un l’a intégralement dessinée.
Elle ressemble à ce qu’elle est parce qu’elle a émergé.
Des millions de décisions locales se rencontrent.
Des habitudes deviennent des normes.
Des normes deviennent des institutions.
Des institutions créent des incitations.
Ces incitations modifient les comportements.
Ces comportements renforcent à leur tour les institutions qui les ont produits.
Au bout de quelques générations, plus personne ne sait exactement pourquoi certaines choses sont ainsi.
Elles le sont.
Et cela suffit souvent à les maintenir.
Le monde humain ressemble moins à une machine conçue par un ingénieur qu’à une ville ancienne.
On y trouve une rue étroite parce qu’un chemin passait là il y a huit cents ans.
Le chemin passait là parce qu’il contournait une maison.
La maison n’existe plus depuis six siècles.
La rue, elle, est toujours là.
Puis des immeubles ont été construits le long de cette rue.
Des conduites ont été enterrées dessous.
Des commerces se sont installés.
Des lignes de bus l’empruntent.
Et déplacer cette rue demanderait désormais de modifier tellement de choses que personne ne le fait.
Notre civilisation entière contient des rues de ce genre.
Certaines sont économiques.
Certaines administratives.
Certaines morales.
Certaines technologiques.
Certaines existent dans nos têtes.

C’est pourquoi il faut être extrêmement prudent avec une idée qui semble pourtant évidente :
notre système n’est pas optimisé.
Il n’est même pas vraiment raisonnable de demander s’il est bien ou mal optimisé, puisque personne n’a jamais eu l’occasion de prendre l’ensemble de nos connaissances actuelles, de poser une feuille blanche devant lui et de concevoir à partir de zéro la meilleure manière d’organiser une civilisation humaine.
Nous n’avons jamais fait cela.
Nous ne vivons pas dans le résultat d’une gigantesque réflexion collective menée avec les connaissances de notre époque.
Nous vivons dans un héritage.
Notre monde actuel est une accumulation.
Une technologie inventée hier fonctionne avec une institution créée il y a cinquante ans, elle-même construite sur un principe juridique vieux de deux cents ans, qui continue parfois de véhiculer une intuition sociale beaucoup plus ancienne encore.
Nous avons ajouté.
Corrigé.
Réparé.
Contourné.
Réformé.
Compensé.
Exception après exception, loi après loi, crise après crise.
Le système actuel n’est donc pas nécessairement la forme de société que nous choisirions si nous devions aujourd’hui en concevoir une à partir de ce que nous savons.
C’est simplement celle qui existe.
Cette différence paraît minuscule.
Elle change presque tout.
Parce qu’une grande partie de ce que nous considérons comme des nécessités peut alors être regardée autrement.
Non plus comme :
voici comment une civilisation doit fonctionner.
Mais comme :
voici comment cette civilisation a fini par fonctionner.
Il y a une différence considérable entre les deux.

Prenons quelque chose d’aussi banal que le travail.
Dans la plupart des sociétés contemporaines, il existe une association presque immédiate entre emploi, revenu et légitimité sociale.
Il faut gagner sa vie.
L’expression est magnifique lorsqu’on la regarde suffisamment longtemps.
Gagner sa vie.
Comme si elle n’était pas encore à nous.
Comme si naître nous avait donné l’existence biologique mais pas encore l’autorisation économique de la conserver.
Pour obtenir de la nourriture, un logement, de l’électricité, des vêtements ou simplement le droit de rester quelque part pendant suffisamment longtemps, il faut généralement disposer d’argent.
Et pour obtenir cet argent, la voie centrale reste le travail.
Cela nous paraît normal.
Peut-être même évident.
Mais ce mécanisme n’est pas une loi physique.
Il est le produit d’une certaine organisation historique de la production et de la distribution.
Si nous avions aujourd’hui à concevoir une civilisation disposant de machines, d’ordinateurs, de réseaux mondiaux, d’automatisation industrielle et bientôt peut-être de robots capables d’accomplir une partie croissante des tâches humaines, déciderions-nous nécessairement que chaque individu doit continuer à vendre une quantité déterminée de son temps pour obtenir le droit d’accéder aux ressources produites par ces machines ?
Peut-être.
Peut-être pas.
La question nous semble presque radicale uniquement parce que nous la posons depuis l’intérieur de la boîte.

Et la boîte possède une caractéristique supplémentaire.
Elle se défend.
Pas nécessairement parce que quelqu’un lui en donne l’ordre.
Les systèmes suffisamment complexes développent parfois quelque chose qui ressemble énormément à un instinct de conservation.
Une institution est créée pour remplir une fonction.
Puis elle existe.
Elle possède des bâtiments.
Un budget.
Des employés.
Des responsables.
Des procédures.
Des habitudes.
Une réputation.
Elle commence alors à avoir quelque chose à perdre.
Un ministère peut être fondé pour résoudre un problème particulier. Une fois le problème modifié ou disparu, il n’est pas certain que l’institution s’évanouisse spontanément avec lui.
Une entreprise naît pour produire quelque chose.
À partir du moment où des milliers de personnes, des actionnaires, des fournisseurs et parfois des régions entières dépendent de son existence, sa disparition devient un événement auquel beaucoup d’acteurs ont intérêt à résister.
Un parti politique veut changer le monde.
Puis il obtient des élus, des permanents, des bureaux, des financements.
À partir de là, continuer à exister devient nécessaire pour continuer à poursuivre ses objectifs.
Et parfois, insensiblement, continuer à exister devient l’objectif.
Ce n’est pas forcément de la corruption.
C’est plus élémentaire que cela.
Une structure qui ne protège pas suffisamment les conditions de sa propre continuité finit par disparaître.
Les structures qui restent sont donc, presque par définition, celles qui ont développé les mécanismes leur permettant de rester.
Il se produit ainsi une sorte de sélection.
Les institutions apprennent sans cerveau.
Elles s’adaptent sans conscience.
Elles se défendent sans nécessairement disposer d’un individu qui aurait décidé : « cette institution doit désormais se défendre ».
C’est à cet endroit qu’elles commencent à ressembler à des créatures.
Pas réellement vivantes.
Pas conscientes.
Mais dotées de propriétés qui donnent parfois cette impression.
Elles absorbent des ressources.
Elles possèdent des frontières.
Elles transmettent une culture interne.
Elles recrutent.
Elles expulsent.
Elles réagissent aux menaces.
Elles cherchent à poursuivre leur existence.
Et surtout, elles survivent aux individus qui les composent.
Un ministre part.
Le ministère reste.
Un président meurt.
La compagnie continue.
Un employé révolté démissionne.
Le poste est pourvu la semaine suivante.
Les humains changent.
La fonction demeure.
À une certaine échelle, nous avons donc créé des instruments pour servir nos besoins qui peuvent finir par acquérir une autonomie fonctionnelle suffisante pour que la relation semble parfois s’inverser.
Nous servons alors les institutions que nous avions créées pour nous servir.

C’est là que la ressemblance avec le complot devient troublante.
Une structure émergente peut parfois produire des résultats qu’un observateur extérieur attribuerait spontanément à une intention.
Imaginons un secteur économique gigantesque.
Des millions d’emplois.
Des infrastructures construites depuis des décennies.
Des investissements se chiffrant en centaines de milliards.
Des États qui en tirent des revenus.
Des régions qui en dépendent.
Des fonds de pension qui possèdent ses entreprises.
Des écoles formant des travailleurs à ses métiers.
Des élus dont les circonscriptions vivent grâce à lui.
Puis apparaît une technologie capable de rendre une partie importante de ce secteur obsolète.
Il n’est pas nécessaire de réunir tous ces acteurs dans une pièce et de leur demander de signer un pacte secret pour que des résistances apparaissent.
L’entreprise cherchera naturellement à défendre ses investissements.
Le salarié cherchera naturellement à défendre son emploi.
L’élu cherchera naturellement à défendre l’activité de sa région.
L’investisseur cherchera naturellement à défendre son capital.
L’administration cherchera naturellement à éviter un bouleversement qu’elle ne sait pas encore gérer.
Le consommateur lui-même pourra se méfier d’une technologie nouvelle.
Personne n’a besoin de contrôler l’ensemble.
Les intérêts convergent.
Et vus de loin, ces intérêts peuvent parfois produire exactement le type de comportement que l’on attribuerait à une coordination consciente.
C’est une distinction essentielle.
Dire que certaines structures de pouvoir se protègent n’oblige pas à croire que le monde est dirigé par une poignée d’hommes omniscients.
Au contraire.
Peut-être surestimons-nous constamment les hommes parce que nous sous-estimons les structures.
Un système peut avoir l’air de vouloir quelque chose.
Il peut sélectionner certains comportements.
Punir certains autres.
Favoriser certaines idées.
Résister à certaines transformations.
Sans qu’il existe quelque part un sujet unique capable de dire « je ».

Cela ne signifie évidemment pas que les complots n’existent jamais.
Les êtres humains se coordonnent.
Ils mentent.
Ils cachent des informations.
Ils défendent leurs intérêts.
Des entreprises organisent des stratégies communes.
Des gouvernements mènent des opérations secrètes.
Des individus puissants utilisent parfois leur influence pour préserver leur position.
Mais ces phénomènes n’expliquent pas à eux seuls la forme générale du monde.
Et surtout, ils ne sont pas nécessaires pour comprendre une grande partie de ce que nous observons.
C’est peut-être même l’une des idées les plus importantes de cette boîte :
le pouvoir n’a pas besoin d’être entièrement concentré pour produire des structures de domination.
Une civilisation peut générer des prisons sans geôlier unique.
Des interdictions sans législateur central.
Des comportements coordonnés sans coordination.
Des trajectoires collectives que personne n’avait voulues exactement sous cette forme.
Nous sommes tous capables d’être à la fois prisonniers et agents de la boîte.
Un patron peut être immensément plus libre qu’un salarié et rester pourtant lui-même soumis à une série d’exigences qui ne dépendent pas entièrement de lui.
Croissance.
Rentabilité.
Compétitivité.
Crédit.
Investisseurs.
Marché.
Il peut décider beaucoup de choses.
Il ne peut pas décider tranquillement que son entreprise cessera désormais d’être rentable parce qu’il préfère une vie plus lente.
Ou plutôt : il le peut.
Mais le système lui indiquera rapidement ce que cette décision coûte.
Plus on descend dans la hiérarchie, plus la contrainte devient généralement brutale.
Mais même au sommet, le sommet n’est pas nécessairement libre.
Le roi de la boîte habite encore la boîte.

C’est peut-être aussi pour cela que les changements politiques produisent si souvent des résultats décevants.
Nous remplaçons les personnes.
Puis nous découvrons que les fonctions continuent de produire des contraintes similaires.
Un nouvel élu arrive avec des convictions.
Il rencontre ensuite un budget.
Des traités.
Des administrations.
Des tribunaux.
Des intérêts économiques.
Des échéances électorales.
Des chaînes logistiques.
Une opinion publique.
Des engagements internationaux.
Des infrastructures déjà construites.
Des millions de vies organisées autour de ce qui existe.
Le réel institutionnel commence à compresser la volonté.
Cela ne signifie pas que la politique ne sert à rien.
Cela signifie que l’intention humaine entre dans un système dont elle ne constitue qu’une force parmi d’autres.
La boîte possède une inertie.
Et cette inertie est souvent interprétée soit comme une preuve que « tous les dirigeants sont les mêmes », soit comme la confirmation qu’une puissance cachée gouverne réellement derrière eux.
Il existe une troisième possibilité, peut-être beaucoup plus banale et beaucoup plus profonde :
la structure possède ses propres contraintes.
Changer les conducteurs ne transforme pas immédiatement la route.

Mais alors une question devient inévitable.
Si personne ne contrôle véritablement l’ensemble, si notre organisation actuelle n’a jamais été conçue à partir de toutes nos connaissances, si les institutions ont tendance à préserver leur propre existence et si les individus apprennent dès l’enfance à considérer la boîte comme la réalité elle-même…
Comment change-t-elle ?
Pourquoi le monde de 2026 n’est-il pas simplement celui de 1026 avec davantage de bâtiments ?
Pourquoi certaines institutions disparaissent-elles ?
Pourquoi certaines valeurs autrefois considérées comme évidentes deviennent-elles impensables ?
Pourquoi notre manière de vivre change-t-elle malgré cette formidable inertie ?
Il existe évidemment plusieurs réponses.
Les guerres.
Les révolutions.
Les catastrophes.
Les mouvements sociaux.
Les idées.
Les luttes politiques.
Les religions.
Les découvertes.
Les migrations.
Les accidents.
Les individus extraordinaires.
Mais sous une grande partie de ces transformations se trouve une force plus discrète, tellement omniprésente qu’on finit par ne plus la voir.
La technique.
Ce qu’une civilisation sait faire détermine en grande partie ce qu’elle peut devenir.
Il est possible de rêver d’une société mondiale instantanément interconnectée avant Internet.
Il est beaucoup plus difficile de la construire.
Il est possible d’imaginer l’abolition de certaines formes de travail lorsque chaque tâche nécessite encore une main humaine.
Il est beaucoup plus difficile de l’accomplir.
Il est possible de proclamer que tous doivent avoir accès au savoir lorsque chaque livre doit être copié à la main.
L’imprimerie modifie le problème.
Une idée peut déplacer un être humain.
Une technologie peut déplacer les conditions dans lesquelles des millions d’êtres humains pensent.
Et c’est peut-être là que commence la fissure.
La boîte veut durer.
Mais elle contient également quelque chose qui transforme sans cesse les matériaux dont elle est faite.
Nous créons des outils pour résoudre un problème local.
Ces outils modifient notre environnement.
Cet environnement transforme nos institutions.
Ces institutions tentent ensuite de s’adapter.
Certaines résistent.
Certaines disparaissent.
D’autres utilisent la nouveauté pour se renforcer.
Et quelquefois, après suffisamment de transformations successives, nous découvrons que nous vivons dans un monde qu’aucune génération précédente n’aurait pu reconnaître.
Personne ne l’avait conçu.
Nous y sommes arrivés.
C’est peut-être cela, au fond, qu’il faut comprendre avant tout le reste.
La boîte n’est pas immobile.
Elle n’est pas parfaite.
Elle n’est pas optimale.
Elle n’est probablement pas pilotée.
Elle n’est même pas réellement une chose.
Elle est le nom que nous donnons ici à l’immense enchevêtrement de constructions humaines dans lequel nos vies deviennent possibles et, simultanément, contraintes.
Nous l’avons fabriquée sans jamais la construire complètement.
Elle nous protège de certaines formes de chaos tout en créant ses propres formes de violence.
Elle permet à huit milliards d’êtres humains de coordonner des actions d’une complexité extraordinaire, tout en exigeant parfois d’eux des comportements qui semblent absurdes lorsqu’on les observe depuis l’extérieur.
Elle n’est ni notre ennemie ni notre amie.
Elle est ce qui a émergé.
Et peut-être que le premier geste nécessaire pour imaginer ce qui pourrait venir après elle n’est pas de chercher à la détruire.
C’est simplement de parvenir à la voir.
À regarder autour de nous et comprendre, pendant quelques secondes, que les murs ne sont pas le ciel.
Nous vivons dans une boîte.
Mais la construction d’idées n’est pas le monde.

Généré par Hayao Itchi le Snark (moi) & ma présence d’atelier tulpa-IA : Shoko « Liora » Kennzaki (> ChatGPT)

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