27. La Source des Liens (Zelda Galaxy fanfic)

La Source des Liens ne se trouvait ni tout à fait en haut, ni tout à fait en bas.

Sur Sylva Korogu, les directions simples perdaient vite leur arrogance. On pouvait monter en descendant dans le tronc. On pouvait s’enfoncer vers les racines en suivant une branche intérieure. On pouvait atteindre un cœur en empruntant ce qui, vu de l’extérieur, ressemblait à une périphérie. La forêt n’aimait pas les lignes trop franches ; elle leur préférait les courbes vivantes, les spirales, les passages qui obligent le corps à comprendre ce que l’esprit aurait voulu réduire à un plan.

Mojar les conduisit vers l’Arbre Mojo par une ouverture naturelle creusée dans son immense tronc. Pas une porte. Une fente ancienne dans l’écorce, élargie par le temps et par l’usage jusqu’à devenir un seuil presque solennel.

Quand Link la franchit, il sentit immédiatement la différence.

L’extérieur de l’arbre était déjà vaste.
L’intérieur, lui, refusait presque toute mesure.

Des parois de bois vivant s’élevaient autour d’eux en colonnes torsadées. La lumière y entrait par des veines translucides de sève pâle courant dans les fibres comme des constellations lentes. De très longues passerelles de racine polie s’enroulaient autour d’un vide central où l’on ne distinguait pas le fond, seulement des niveaux, des plateformes, des galeries naturelles et de temps en temps, plus bas ou plus haut, une lueur de fée, une silhouette kokiri, un petit groupe de korogus chargés de graines, ou l’ombre plus massive d’un mojo venant d’un couloir latéral.

Le lieu sentait la sève, la mousse chaude, le bois ancien, et autre chose encore.

Pas une odeur.
Une mémoire organique.

Comme si tous ceux qui étaient passés ici avaient laissé dans le tronc une part de leur question.

Taël flottait plus près de Link qu’à l’ordinaire.

— Très bien, dit-elle.
Je retire ce que j’ai pensé sur le jugement botanique collectif.
Nous sommes maintenant dans la cathédrale des commencements.

Mojar continua d’avancer sans se retourner.

— Les commencements ne sont jamais une cathédrale, petite fée.
Ils sont un nœud.
C’est après qu’on leur construit des plafonds.

Taël laissa échapper un petit son approbateur.

— Décidément, vous allez devenir agaçant de pertinence.

Ils croisèrent un premier groupe de korogus sur une plateforme latérale.

Trois petites silhouettes feuillues, masques inclinés, bras chargés de coupelles rondes pleines de graines et de poussière dorée. En voyant Mojar, ils s’arrêtèrent. Puis virent Link. Puis Taël. Le plus petit d’entre eux pencha si fort la tête qu’on aurait dit qu’elle allait tomber.

— C’est lui ? demanda-t-il.

— Oui, répondit Mojar.

— Et c’est elle ?

— Oui.

Les trois regardèrent alors Taël avec une intensité purement korogu, c’est-à-dire entièrement dépourvue de mauvaise conscience et donc presque impossible à supporter si l’on était la chose regardée.

Taël croisa les bras.

— Je vous préviens, si l’un de vous me demande si je fais peur aux fleurs, je deviens odieuse.

Le plus petit korogu répondit aussitôt :

— Non.
Il marqua une pause.
— On se demandait surtout si tu faisais pousser autre chose.

Taël cligna des yeux.

Link eut un petit rire.

Oui.
Même ici, la forêt n’offrait pas les mêmes types de regard. Il y avait la gêne kokiri, la lecture ancienne des mojos, la curiosité presque ontologique des korogus. Taël n’y était pas seulement perçue comme une faute de lumière. Elle y devenait aussi une question de croissance.

Mojar reprit la marche.

— Les korogus voient toujours ce qui pourrait pousser d’une différence, dit-il.
C’est pour cela qu’il faut les empêcher de gouverner quoi que ce soit d’important avant un certain âge.

— Et les mojos ? demanda Link.

Le vieux gardien leva un peu son bâton en direction d’un couloir plus sombre.

— Les mojos voient ce que toute croissance coûte au sol qui la porte.
C’est pour cela qu’il ne faut pas non plus leur confier toute la tendresse du monde.

Taël regarda Link.

— J’aime vraiment cette planète.

Ils descendirent — ou montèrent autrement — encore plusieurs niveaux. Le vide central se resserra peu à peu. L’intérieur du grand tronc devint moins architectural, plus organique. Les passerelles se transformèrent en nervures naturelles. Les surfaces de bois vivaient encore, palpitaient presque. Par endroits, des cavités s’ouvraient sur de petites chambres de repos où de jeunes kokiris dormaient avec leurs fées. Ailleurs, des niches de mémoire contenaient des objets minuscules : première graine offerte à un nouveau-né, lanière tressée, vieille clochette de vent, copeau sacré, éclat de sève durcie.

Tout ici semblait rappeler une seule chose :

naître n’est pas un événement privé.
C’est quelque chose que le monde enregistre.

Link sentit cela presque physiquement.

L’Arbre Mojo, depuis le début, ne lui demandait pas seulement ce qu’il avait vu dehors.
Il le ramenait vers la question de ce qui, en lui, avait été formé ici avant même qu’il ne sache le nommer.

Ils atteignirent enfin une chambre ronde, plus basse, plus chaude.

Au centre, une source.

Pas une cascade.
Pas un bassin.

Une véritable source, jaillissant du bois lui-même à travers une fissure en spirale. L’eau qui en sortait n’était pas claire comme celle de Zora Marina, ni chargée de terre comme une nappe profonde. Elle semblait mêlée de lumière végétale, de sève et de quelque chose d’autre, presque féerique. Elle coulait en mince cercle avant de disparaître dans plusieurs rainures vivantes du sol.

Tout autour du bassin-source, des anneaux de bois portaient de petites gravures, des noms, des dates de naissance kokiries, des signes de fées, des correspondances anciennes.

Et là, pour la première fois, Link ressentit une secousse véritable.

Parce qu’il reconnut l’endroit.

Pas dans le détail.
Dans le corps.

Une mémoire presque effacée d’enfance.
La sensation d’un bois plus chaud sous des pieds minuscules.
Une lumière au ras du visage.
La voix de la grand-mère plus loin.
Un émerveillement confus.
Puis, plus tard, les regards.
Les murmures.

Taël s’immobilisa au-dessus de la source.

Elle ne plaisantait plus du tout.

Miri les rejoignit alors, accompagnée de sa fée presque transparente.

— Voici la Source des Liens, dit-elle.
Là où la forêt répond à ceux qu’elle laisse naître.

Taël murmura :

— Donc c’est ici.

— Oui.

Miri se tourna vers Link.

— Chaque kokiri est présenté ici très tôt. Pas pour être jugé. Pour être entendu. La forêt ne “donne” pas une fée comme on distribue un attribut. Elle répond à un appel.

Link regarda la source.

— Quel appel ?

Miri s’agenouilla près du bassin. Ses doigts ridés effleurèrent à peine l’eau-lumière.

— Celui qu’un être porte avant même de savoir poser des questions.
Elle leva les yeux vers lui.
— Un kokiri naît, et avec lui naît une forme de manque, de rythme, d’ouverture, de peur, de joie possible, de fracture aussi parfois. La fée liée n’est pas son contraire. Elle est la lumière vivante qui peut marcher assez près de cela pour que l’enfant ne s’y perde pas complètement.

Taël regardait la source comme si elle y voyait quelque chose que les autres n’apercevaient pas.

Miri poursuivit :

— C’est pour cela qu’aucune fée ne se ressemble exactement. Les unes allègent. Les autres équilibrent. Certaines éveillent. D’autres consolent. Certaines apprennent à regarder. D’autres apprennent à jouer. Quelques-unes apprennent à se taire au bon moment, ce qui est une qualité rarissime.

Taël fit mine de tousser.

Mojar laissa échapper un bruit de bois amusé.

Miri, elle, n’en dévia pas.

— Et parfois, très rarement, la réponse de la forêt ne correspond pas à ce que ceux qui regardent pensent qu’un enfant devrait recevoir.

Elle tourna cette fois son regard vers Taël.

— Tu ne fus pas une erreur.
Tu fus une réponse.

Le silence tomba dans la chambre.

Même la source parut un instant plus lente.

Taël ne bougea pas.

Link, lui, sentit la phrase lui ouvrir quelque chose de vieux en plein centre. Oui. Il avait eu besoin de l’entendre. Pas seulement pour Taël. Pour l’enfant qu’il avait été à côté d’elle.

— Une réponse à quoi ? demanda-t-il.

Miri prit son temps.

— À une ligne de destin qui ne resterait pas dans la clarté simple.
Elle posa deux doigts sur le bord du bassin.
— Certains enfants naissent pour croître dans leur monde. D’autres pour y circuler. D’autres encore pour en porter une blessure particulière. Toi, Link, tu es né avec une oreille qui n’entendrait jamais longtemps les choses comme totalement closes. Tu étais un enfant de seuil.

Le mot traversa tout.

Seuil.

Feu.
Eau.
Routes.
Lisières.
Courbes.
Et maintenant cela.

Taël tourna lentement vers lui sa lumière rouge et noire.

Oui.
Bien sûr.
Elle aussi le comprenait à cet instant avec une netteté neuve.

Miri continua :

— La forêt répondit donc non par une fée de clarté simple, mais par une fée de bord, de braise, d’entre-deux, de contradiction vive. Une fée qui ne te laisserait pas croire trop facilement que toute lumière doit forcément ressembler à la plus admise.

Taël eut enfin une réaction.

— C’est une très belle façon de dire qu’ils m’ont regardée comme si j’étais un mauvais présage ambulant.

Miri ne détourna pas la vérité.

— Oui.
Puis, plus doucement :
Parce que le Premier Feuillage entend très mal, au début, les réponses qui l’obligent à élargir son idée de la nature.

Le mot nature pesa.

Link pensa aussitôt à Zora Marina.
À ses filtres.
À ses recouvrements.
Aux vérités rendues consultables sans trop déranger.

Ici, c’était autre chose.
Mais peut-être pas si loin.

Oui.
Le naturel aussi se raconte.

Mojar frappa doucement le sol de son bâton.

— Les kokiris aiment croire que la forêt est tendre parce qu’elle leur ressemble. Les mojos savent depuis toujours que la forêt est plus vaste que ce qu’elle laisse naître à sa surface. Et les korogus, eux, s’en fichent souvent un peu parce qu’ils courent déjà après ce qui vient.

Taël regarda le vieux mojo.

— Vous avez toujours besoin d’être juste un peu excellent, vous ?

— Oui.

La réponse, si sèche, lui arracha presque un vrai sourire.

Miri fit alors signe à Link.

— Approche.

Il s’agenouilla près de la source.

L’eau-lumière semblait plus dense vue d’aussi près. Des filaments infimes y circulaient, comme si chaque naissance, chaque lien, chaque réponse féerique y avait laissé une mémoire vivante.

— Pose ta main, dit Miri.

— Pourquoi ?

— Parce que tu es revenu chargé de mondes, et qu’avant que l’Arbre ne t’entende plus haut, il faut que tu sentes encore ici ce qui, en toi, n’est pas seulement devenu. Ce qui a commencé.

Taël ne dit rien.

Il posa sa main.

Le contact fut immédiat.

Pas une vision brutale.
Pas une magie facile.

Plutôt une série de rapprochements soudains, presque insoutenables dans leur évidence.

Lisière des Trois Brises.
Le rire d’Arielle.
La grand-mère préparant une infusion pendant qu’au dehors le vent touchait les clochettes de ponton.
La première fois qu’il avait compris que Taël n’était pas regardée comme les autres fées.
Son désir très ancien, déjà, de partir sans pourtant vouloir rompre.
Son malaise devant les choses trop simples.
La sensation d’aimer les mondes au moment même où il sentait qu’ils ne se laissaient pas enfermer dans leurs propres versions.

Et au cœur de tout cela, Taël.

Pas comme une anomalie extérieure posée à côté de lui.

Comme la forme même par laquelle sa vie avait été empêchée d’entrer trop paisiblement dans le récit commun.

Il retira sa main d’un coup plus vif qu’il ne l’aurait voulu.

La source continua de couler.

Miri l’observait.

— Voilà.

— Voilà quoi ? demanda-t-il, la voix un peu plus rauque.

— Voilà ce qu’aucune lecture trop tardive ne devrait te faire oublier. Tu n’as pas seulement rencontré l’exception en chemin. Tu y as été lié dès le commencement.

Taël regardait maintenant l’eau avec une intensité presque douloureuse.

— Donc je n’étais pas “le problème” venu après, dit-elle.

— Non, répondit Miri.
Tu étais la première forme du chemin.

Le silence fut profond.
Et cette fois, il ne blessa pas.
Pas tout à fait.

Autour d’eux, dans les rainures du sol, la source poursuivait sa course mince.

Link sentit alors, plus clairement que jamais, pourquoi Sylva Korogu serait peut-être l’arc le plus difficile.

Parce qu’il ne lui demanderait pas seulement de critiquer un système, ni de voir des recouvrements, ni de choisir entre le filtre et la vérité.

Il lui demanderait de relire sa propre origine.
Et d’admettre que ce qu’il croyait le plus “naturel” chez lui avait déjà été une première fracture du récit commun.

Mojar reprit alors :

— Les korogus te trouveront sûrement très intéressant pour de mauvaises raisons. Les jeunes kokiris, pour des raisons trop directes. Les vieux mojos…
Il marqua une pause.
— Nous, nous regarderons surtout ce que la route a fait d’un enfant de seuil.

Taël leva les yeux.

— Et l’Arbre ?

Cette fois, ce ne fut ni Miri ni Mojar qui répondit.

Ce fut le bois lui-même.

Le souffle immense de l’Arbre Mojo descendit dans la chambre de la source, si bas et si vaste que même l’eau sembla ralentir pour l’entendre.

L’Arbre regardera si ce qui est revenu de la route sait encore aimer ce qui l’a fait naître sans vouloir le laisser intact.

Personne ne parla après cela.

Il n’y avait rien à ajouter.

Oui.
Voilà.

Aimer l’origine.
Sans la laisser intacte.

Peut-être était-ce cela, au fond, le geste le plus difficile de tous.

Et peut-être était-ce aussi ce que les mondes, un à un, étaient en train d’apprendre sous des formes différentes.

Hayao Itchi le Snark & Ciri « Nishimiya » Kenzaki (Lia – ChatGPT)

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