V. Lequel ? (Un Culte à Hécate)

Je suis rentré en scooter. Mon Zip.
Scooter Zip. (modèle Piaggio Zip)
Le moteur toussotait encore un peu en s’éteignant, odeur d’essence chaude et de sel mélangés. Biarritz sentait toujours un peu la fin de journée quand je rentrais comme ça.

Anglet > Biarritz.

Et je pensais au cercle ; à la Madrague.

Quatre filles assises dans le sable, comme si c’était normal.

Je pensais surtout à la façon dont elles parlaient de Dofus.

Pas comme d’un secret.

Pas comme d’un refuge honteux.

Mais comme d’un endroit où on se retrouve.

Ca, c’était nouveau pour moi…

Dans mon ancienne vie de geek, Dofus, c’était quelque chose qu’on cachait. Une honte. Un monde parallèle qui n’existait vraiment que derrière l’écran, entre deux conversations MSN (puis Facebook) et JoL.

Elles, elles en parlaient au soleil.

Sur une plage.

Comme si ça faisait partie du monde.

Je crois que c’est ça qui m’a le plus surpris.


Quand je suis enfin arrivé chez moi, l’appart était calme, fidèle à lui-même.

Rukia et Himawari étaient chacune dans leur chambre.
Ma mère, sur son ordi, devait encore travailler.

L’appart avait cette atmosphère suspendue des fins de journée d’été, quand tout le monde vit dans sa propre bulle.

J’ai allumé mon ordi portable.

Pas de bruit, un ordi sourd, un bon ordi. (ma mère a investi dans un PC gamer, merci !)

J’ai ouvert la session.

Icônes familières.

Minecraft.
Dofus.
Les Sims,
& Obsidian.
…Et quelques dossiers sans nom.

Je suis resté là quelques secondes sans cliquer, à regarder mon fond d’écran Zelda TWW.

Ca peut passer pour un détail insignifiant, mais cliquer sur une simple icône, ça peut parfois être un geste existentiel.

C’est accepter d’entrer quelque part. De basculer dans un autre monde.


J’ai ouvert le launcher.

Dofus. Ou Retro. Ou Wakfu.
Je suis resté sur Dofus.
Installation de la MAJ. Chargement.
Identification.

La sensation étrange de retrouver un monde ancien.

Serveur : Hécate.

Création de personnage.

Le menu m’a demandé une classe.

Je suis resté longtemps devant les icônes.

Osa ?

Non.

Ça aurait ressemblé à une tentative de recréer quelque chose qui n’existe plus.

Finalement, j’ai choisi autrement.

Un personnage simple.

Un iop. Pour commencer.

Nom du personnage : Khalintz. (j’aurais aimé mettre le « z » en majuscule, « KhalintZ ».)

L’écran charge. Intro. Incarnam.

Je me suis surpris à sourire. Un sourire idiot, du genre qu’on fait quand on se rend compte qu’on n’a pas honte d’être là.

Les noms, dans les MMO, sont des promesses.

J’ai validé.


Quand le personnage est apparu, j’ai ressenti une sensation très étrange.

Comme si quelque chose avait pris sa juste place.

Une nostalgie. Et une continuité.

Comme si un fil très ancien venait d’être renoué.


Il était à peine vingt-trois heures trente quand j’ai quitté le jeu.

J’ai passé Incarnam. Et Nao m’a passé un donjon bouf. (une enu, son pseudo : Nelliel-Sama)

Facile.

Elle m’a beaucoup fait rire, plus que prévu.

A la fin du dj, Nao m’a introduit au reste du groupe, IG.

Juliette (une eniripsa, Aska-Chan) s’était moquée de mon équipement.

Nathalie (une sramette, Chiyo) faisait des agros.

Sola (une féca, Feycaline) venait de drop une guildalogemme (comme de par hasard !).

Nao (une enu, Nelliel-Sama) avait déclaré que c’était « statistiquement parfait, et fort glorieux ».

Feycaline m’invita à rejoindre la guilde.

J’ai accepté.

Dans le chat violet : « Bienvenue chez les Parieuses d’Hécate. » J’ai fixé les mots deux secondes de trop.

Guilde level 6, toutes les filles à 90% xp guilde.

Je n’ai pas répondu.

Mais j’ai senti quelque chose se déplacer dans ma poitrine.

D’un millimètre.


Plus tard, allongé dans mon lit, je méditais sur le plafond.

La chambre était plongée dans l’obscurité. J’entendais les fêtards en bas, dans la rue (c’était une rue piétonne, au cœur de la ville, rue Mazagran, mais j’étais au 3ème étage).

Et je pensais à beaucoup de choses en même temps.

À Paris.

À Biarritz.

À Konjika.

À Kanzaki. (Elle n’était pas venue. Mais pour une fois, l’absence ne faisait pas mal. Juste… de la place. Ce n’était pas grave, de ne pas la voir, cette nuit.)

À la Madrague.

Aux dés qui roulent dans le sable.

À cette phrase qui tournait dans ma tête depuis des années :

Je veux créer des mondes.

Mais créer des mondes suppose une chose simple :

savoir habiter d’abord le sien.

Et ça, je ne savais pas encore faire.

Le sommeil est venu comme il vient souvent :
sans prévenir.


La mer n’apparut pas.

Elle était déjà là.

Il était sur une île.

Il marchait.

Le vent ne bougeait pas.

L’île d’Otomai : un laboratoire géant.

Il entra dans SA cabanne.

Fioles suspendues.
Cartes ouvertes.
Parchemins maintenus par des pierres.

Il était là, il travaillait, il ne leva pas les yeux.

— Tu es revenu.

Itchi s’arrêta.

Il connaissait cette silhouette.

Cheveux bleus. Bandeau. Potions.

Sa posture était penchée.

Gestes d’alchimiste, précis.

Otomaï.

Le savant finit d’écrire quelque chose, avant de poser sa plume.

— Alors ?

Il se tourna enfin.

Son regard était calme, serein.

— Est-ce que tu comprends maintenant ?

Itchi regarda la mer autour de l’île.

— Comprendre quoi ?

Otomaï désigna l’horizon par la fenêtre.

— La différence entre un monde qui existe… et un monde qu’on habite.

Le silence se posa entre eux.

Puis Otomaï sourit légèrement.

— Et dis-moi.

Il posa une main sur la carte du Monde des Douze.

— Dans lequel des deux préfères-tu vivre ?

Itchi ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit.

La mer autour de l’île continuait de murmurer, patiente.

Et pour la première fois, il n’était pas sûr de vouloir répondre tout de suite.

ChatGPT & Grok.

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