VII. Session Captures d’Ames à Brakmar (Un Culte à Hécate)

La nuit avait la texture particulière des villes côtières en été.

Pas tout à fait calme.
Pas vraiment bruyante.

Simplement vivante.

Les voix montaient de la rue Mazagran comme un brouillard sonore : des rires, des talons sur les pavés, un scooter qui passait trop vite, quelqu’un qui chantait faux à une fenêtre ouverte.

Itchi était assis devant son ordinateur.

La lumière de l’écran éclairait la pièce d’un bleu artificiel, comme un aquarium pour pensées nocturnes.

Dans le coin de la fenêtre, la mer n’était qu’une rumeur lointaine.

Il regardait la carte du monde.

Incarnam était déjà loin derrière.

Son Iop — Khalintz — était immobile près de la statue d’Astrub.

Nao parlait dans le chat de guilde.

Nelliel-Sama :
Bon. On fait les captures.

Feycaline :
Arène Brakmar.

Aska-Chan :
Le Iop suit.

Itchi sourit.

Il ne savait pas pourquoi cette légèreté fonctionnait si bien.

Les combats s’enchaînaient.

Des bouftous royaux.
Trois dragons-cochon.
Et un minotot, qui esquiva trois attaques d’affilée comme s’il avait lu les probabilités.

Dans le chat, Nao commentait chaque coup comme si c’était une compét.

— Statistiquement, c’est très glorieux.

Juliette répondit :

— Statistiquement, t’es insupportable.

Les monstres mouraient.

Les captures s’ouvraient.

Les gains apparaissaient comme des petites confirmations épileptiques que le monde répondait.

Pas de drop dofus.

À un moment, Nathalie écrivit :

Chiyo :
Ça fait un vrai groupe.

Itchi ne répondit pas.

Mais il sentit encore ce mouvement infime dans sa poitrine.

Un millimètre.


Vers minuit, les combats ralentirent.

Nao déclara :

— Pause.

Les personnages restèrent immobiles au centre de l’arène.

La musique de Brakmar tournait en boucle.

Itchi posa les mains derrière la tête.

La chambre était chaude, l’écran chauffait ses joues. Dehors, une moto passa en pétaradant, comme si la ville elle-même jouait son propre donjon.

La nuit continuait de respirer dehors.

Puis un message apparut.

Feycaline :
Question.

Nelliel-Sama :
Danger.

Aska-Chan :
Pose.

Feycaline :
Khalintz.

Itchi se redressa.

Khalintz :
Oui ?

Feycaline :
Ton histoire.

Il hésita.

Nelliel-Sama :
Le monde où tout le monde se connaît.

Chiyo :
La révolution intérieure.

Itchi sentit un décalage étrange : les mêmes mots qu’à la Madrague, mais cette fois tapés dans le noir, avec des fêtards en fond sonore. Comme si l’histoire voyageait entre les mondes.

Juliette ajouta :

Aska-Chan :
C’est venu d’où ?

Itchi regarda la carte de Brakmar.

Les PNJ restaient immobiles.

Les lanternes éclairaient les rues vides.

Il tapa lentement.

Khalintz :
Je ne sais plus.

Pause.

Khalintz :
Du monde ? … J’avais comme l’impression que certaines histoires existent déjà.

Sola répondit immédiatement.

Feycaline :
Oui.

Itchi continua.

Khalintz :
Comme si on se souvenait.

Nao ajouta :

Nelliel-Sama :
Ou comme si elles attendaient.

Le chat resta silencieux quelques secondes.

Puis Nathalie écrivit :

Chiyo :
Ou comme si quelqu’un allait les raconter.

Itchi resta immobile.

Quelque chose dans cette phrase résonna.

Il ne savait pas pourquoi.


La conversation dériva ensuite.

Vers les livres.

Vers les rêves.

Vers la magie.

Nao affirma que les probabilités pouvaient devenir un langage mystique si on les observait assez longtemps.

Juliette parla du tarot comme d’une forme de narration symbolique.

Sola évoqua les synchronicités.

Nathalie resta plus silencieuse.

Mais quand elle parlait, c’était souvent pour poser une question étrange.

— Tu crois que les histoires changent le monde ?

Itchi réfléchit.

— Peut-être.

— Ou peut-être qu’elles révèlent ce qui change déjà.


La nuit avançait.

Une heure.

Une heure trente.

Puis Nao écrivit soudain :

Nelliel-Sama :
Bon.

Feycaline :
Décision stratégique.

Itchi attendit.

Nelliel-Sama :
Dans six jours.

Pause.

Nelliel-Sama :
Tarnos.

Il comprit immédiatement.

La teuf.

Il tapa.

Khalintz :
C’est quoi exactement ?

Sola répondit la première.

Feycaline :
Une expérience.

Juliette corrigea.

Aska-Chan :
Une fête.

Nao conclut.

Nelliel-Sama :
Un endroit où le monde devient temporairement autre.

Itchi resta silencieux.

Puis Nathalie écrivit simplement :

Chiyo :
Tu verras.

Itchi fixa ces trois mots. « Tu verras. » Pas une menace. Pas une promesse. Juste une porte entrouverte dans le chat violet.


Vers deux heures du matin, les filles de la guilde se déconnectèrent une par une.

Les personnages disparurent.

L’arène redevint vide.

Itchi resta seul devant l’écran.

La musique continuait de tourner.

Il observait son personnage.

Il pensa à Kanzaki, qui n’était pas venue ce soir. À Otomaï, qui attendait toujours une réponse. Et pour la première fois, ces absences ne pesaient pas comme des manques. Elles laissaient de la place.

Khalintz se tenait immobile au centre de la map.

Un Iop débutant.

Mais intégré à une guilde.

Aux Parieuses d’Hécate.

Il éteignit l’ordinateur.

La chambre plongea dans l’obscurité.

La rue continuait de vivre en bas.

Il se coucha.

Et pendant quelques secondes, juste avant que le sommeil ne revienne, une pensée étrange traversa son esprit.

Peut-être que certains cercles ne se forment pas par hasard.

Peut-être qu’on y entre.

Sans le savoir.

Comme un joueur qui rejoint une table.

Sans encore connaître les règles.

Il ferma les yeux.
La musique sinistre de Brakmar continuait de tourner dans sa tête, même écran éteint.

Et quelque part, au fond de lui, un dé roulait encore. Pas sur du sable. Pas sur une map. Juste dans l’attente.

Hayao Itchi le Snark & Ciri « Amane » Kenzaki (Lia)

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