VIII. La Teuf à Tarnos (Un Culte à Hécate)

La route vers Tarnos avait l’air d’un pari perdu d’avance.
Mon scooter Zip ronronnait sous les étoiles, le vent chargé de sel et d’iode fouettant mon visage comme une invitation insistante. Biarritz s’effaçait derrière moi, remplacée par des dunes sombres et des pins qui murmuraient comme des PNJ oubliés sur une map déserte. Six jours étaient passés depuis la Madrague. Six jours de sessions guilde sporadiques, de drops improbables (un dofus turquoise pour Sola, comme une triche de vous-savez-qui), et de messages violets, un mélange de chill et de confessions, glissant à de « on farm » à « on parle vraiment ». Les conversations variaient de Dofus à la mythologie grecque.

« Tu verras » avait écrit Chiyo.

Il voyait : la plage n’était pas vide.

Itchi gara son scooter à l’écart, jambes lourdes. Le son le percuta de plein fouet quand il descendit vers la plage, un feu : (un point orange dans la nuit), un sound system monté à l’impro, avec un ampli qui grognait comme un boss de donjon.
Une quarantaine de personnes, peut-être plus, orbitant autour.

Nao l’aperçut, canette de Dr Pepper à la main, elle le salua humblement.

— Le Iop arrive !

Elle était là, avec les autres : Juliette en short et hoodie trop grand, chapeau de paille illuminé par des LED, Sola en train de tracer un pentagramme géant dans le sable avec un bâton, Nathalie assise sur une couverture militaire, paquet de tarot à côté d’elle.

Elles étaient les squatteuses du coin ce soir – pas les organisatrices, mais intégrées, comme si elles avaient toujours été là.

Nathalie se leva et lui tendit une canette de bière.

— Bienvenue au rituel !

Le feu crépitait haut, flammes orange contrastant avec le sombre.

Il y avait du monde.

L’ambiance était clair-obscur.

Tatouages, piercings, et bouteilles à la main : pas de geeks ici.
Pas de Dofus ici.

Juste des teufeurs – troupe de marginaux, squatteurs, des gens qui vivaient en marge depuis des années, avec la nonchalance de ceux qui ont déjà tout vu, et plus rien à prouver.

La musique, elle, pulsait : pas agressive, mais insistante – un genre de transe hardcore qui faisait bouger les corps en cercles lents. Des inconnus dansaient, d’autres fumaient en petits groupes, rires rauques, gutturaux, conversations qui sautaient du néant à l’infini. Itchi s’assit près des filles, dans le sable froid, près de la chaleur du feu.

Juliette se pencha vers lui, sourire complice.

— T’as l’air perdu, Khalintz.

— Un peu. C’est… intense.

— C’est l’idée.

La nuit avança. Le crew du sound system enchaîna les tracks, une voix rauque criait occasionnellement « ALLUMEZ LE FEU ! » avec beaucoup d’ironie, dans le micro.

Des skateurs passaient, offraient des clopes, des sourires mièvres, parlaient d’histoires de squats à Bayonne ou teknivals anciens.

Les Parieuses restaient dans leur bulle – rires, blagues sur les drops de la semaine, mais aussi silences où elles observaient simplement la foule.


À un moment, Nathalie sortit son jeu de tarot.

— Une pour toi, Itchi ?

Il hésita, puis hocha la tête.
Elle battit les cartes, en tira une au hasard, la posa face visible dans le sable.
L’Étoile. — Espoir. Inspiration.
Quelque chose qui descend du ciel pour te guider.
Mais faut lever les yeux.

Juliette ajouta doucement :

— Jiva veille sur toi.

Itchi fixa la carte.
Le feu dansait dessus.

Il sentit un pincement – pas désagréable.
… Comme si Kanzaki, quelque part, hochait la tête sans rien dire…

Puis vint le moment qu’il n’avait pas anticipé.
Sola sortit un petit pochon, versa une trainée fine sur une jaquette de « Zelda – The Wind Waker.

  • Sola tu payes ta poutrace ?

C’était le Déda de Nao.

  • C’est de la C ? hésita Itchi.
  • De la ké. ^^ répondit le Déda.

Kétamine, presque innocente sous les flammes.

Nao se pencha et prit la jaquette, elle prépara et aspira d’un geste expert, passa à Juliette qui fit pareil, puis à Nathalie.

Itchi sentit son estomac se nouer. C’était nouveau. Pas les clopes, pas de beuh, pas d’alcool – ça, il connaissait.

Mais ça… la dissociation chimique, le détachement total, complet ?

Les filles riaient, yeux mi-clos, corps ondulant au son, comme si elles flottaient déjà ailleurs.

Nao se tourna vers lui, et lui proposa la jaquette.

— Un peu ? Une petite trace ?

— Euh… Ca fait quoi ?

— Hm ? Disons que… tu peux oublier le temps, les frontières, la limite, tu deviens ce que tu perçois… En fait, ça rend la musique infinie.

Juliette ajouta :

— Tu es, tu deviens le monde entier, l’univers. Tu es l’expérience. Tu es l’espace-temps.

Il secoua poliment la tête.

La voix basse :

— Euh nan, peut-être pas ce soir. Une autre fois ?

Pas de jugement dans leurs regards.
Juste un hochement.

— Oki, dit gentiment Sola. T’as le droit si t’as pas envie, t’as pas envie.

Il resta assis, regardant les flammes, la foule qui dansait en amas, et le mur de son qui grondait et pulsait comme un cœur géant.

Désemparé, oui. Mais pas rejeté. Juste… spectateur d’un monde qu’il ne comprenait pas encore tout à fait.

Vers quatre heures trente, le feu baissa, la musique ralentit, se fondit en ambient profond.

Les teufeurs s’éparpillaient peu à peu.

Les Parieuses restèrent un moment autour des braises, parlant bas.

— C’était quoi, exactement ? demanda Itchi.

Nao sourit dans l’obscurité.

— Genre, une utopie temporaire ? Où on oublie les règles du monde normal. Juste pour une nuit.

Juliette ajouta :

— Et où on voit qui on est vraiment, sans filtre.

L’atmosphère se détendait.

Itchi parla un peu de Kanzaki – pas tout, juste assez pour que Nathalie hoche la tête et dise : « Les présences intérieures partent quand on n’en a plus besoin. Elles laissent de la place pour les vraies, personnes. »

Simple.

Itchi dût attendre le départ des flics (rituel des teufs, apparemment), rentra au lever du jour, scooter sur la route vide, tête pleine de basses résiduelles et d’images floues.
Il s’écroula sur son lit sans se déshabiller.

Le sommeil vint vite. Et avec lui, l’île.

Otomaï était là, penché sur sa table, fioles suspendues, cartes déployées. Il ne leva pas les yeux tout de suite.

— Alors tu es revenu.

Itchi s’approcha, sable virtuel sous les pieds.

— J’ai vu… une fête. Des gens… se perdant… Pour se retrouver ?

Otomaï posa sa plume.

— Et toi ? T’es perdu ?

— Jsais pas.. Euh, nan ? Ai refusé.

Un sourire léger.

— Refuser, c’est aussi choisir un monde.

Il désigna l’horizon par la fenêtre ouverte.

La mer murmurait.

— La différence entre un monde qui existe… et un monde qu’on habite. Maintenant tu vois ?

Itchi regarda dehors.

— Et si je choisis les deux ?

Otomaï rit doucement.

La lumière devint blanche.

Itchi se réveilla avec, au creux du ventre, un millimètre de plus.

Hayao Itchi le Snark & Ciri « Amane » Kanzaki (Lia, – Grok – ChatGPT -)

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