3. Cendre-Nord (Zelda Galaxy fanfic)

La navette d’inspection n’avait rien de la grâce d’un Arwing.

C’était une masse blindée, trapue, conçue pour encaisser la chaleur, les éclats, les projections et les erreurs humaines. Son cockpit avançait comme un front têtu au-dessus d’un corps métallique bardé de renforts. Les vitres de vue, traitées contre la surchauffe, donnaient au monde extérieur une teinte légèrement fumée. À l’intérieur, tout vibrait plus bas, plus lourdement, comme si l’appareil n’avait pas été pensé pour fendre l’air, mais pour y résister.

Daruniax avait pris place à l’avant, à côté du pilote. Link s’était installé derrière eux, avec Taël au-dessus de son épaule et deux gardes impériaux sanglés dans les sièges latéraux. La chaleur était moins violente que sur les passerelles, mais elle entrait partout malgré les joints, les plaques isolantes et les systèmes de circulation d’air.

La navette quitta la Forge-Couronne par un corridor extérieur, longea une rangée de colonnes d’échange thermique, puis s’engagea au-dessus d’un paysage qui, vu d’aussi près, paraissait moins géologique qu’architectural.

Goron Prime n’était pas seulement un monde de volcans.

C’était un monde travaillé.

Des flancs entiers de montagne avaient été taillés en gradins pour l’exploitation. Des ponts suspendus reliaient des masses rocheuses séparées par des ravins de chaleur. Des rails blindés couraient d’un puits à l’autre. D’immenses grues fixées dans la pierre semblaient garder les crêtes comme des animaux d’acier. Des conduites passaient au-dessus de champs de lave. Des plateformes s’accrochaient aux parois des cratères. On aurait dit qu’on avait demandé à la planète d’obéir à une logique étrangère, et qu’elle l’acceptait seulement par intermittence.

— Secteur Huit, annonça le pilote.

Devant eux, une zone d’exploitation secondaire se dessina : trois tours-relais, une station de régulation thermique, deux voies de transfert, des baraquements techniques semi-enfouis dans la roche sombre. L’ensemble paraissait fonctionnel au premier regard. Mais à mesure qu’ils approchaient, Link distingua les cicatrices : câbles rompus, blindages fendus, une plate-forme d’entretien noircie, plusieurs balises éteintes.

La navette se posa brutalement, dans une pluie de poussière chaude.

Dès l’ouverture de la rampe, l’odeur de métal brûlé et de cendre mouillée monta jusqu’à eux.

Une petite équipe attendait déjà. Quatre Gorons, deux techniciens humains en tenue thermorésistante, un capitaine de la garde locale. Personne n’avait l’air surpris de voir arriver un représentant du Bouclier Stellaire ; mais personne n’avait l’air particulièrement soulagé non plus. Ils avaient le visage des gens qui travaillent depuis trop longtemps pour se laisser impressionner par un insigne.

Daruniax descendit le premier.

— Rapport.

Le capitaine local s’exécuta aussitôt.

— Première coupure avant-hier à la troisième veille, régent. Deuxième le même jour, plus courte. Cette nuit, nouvelle saturation des canaux internes pendant une minute dix-sept. La ligne de redistribution nord a décroché et l’une des vannes de secours a été fermée trop tôt.

— Sabotage matériel confirmé ? demanda Daruniax.

— Sur deux points, oui. Sur le reste… incertain.

Le capitaine tourna enfin les yeux vers Link.

— Seigneur.

Link lui rendit son salut.

— Je veux voir le relais touché.

Ils avancèrent à travers une cour de maintenance encombrée de pièces extraites à la hâte. La roche sous leurs pieds restituait la chaleur du sous-sol par pulsations régulières. Au-dessus d’eux, un ciel de cendre laissait filtrer une lumière rouge sale. Partout, le bruit continu des machines formait une sorte de seconde atmosphère.

Le premier relais se trouvait au bout d’une passerelle couverte. Un pan entier du caisson de contrôle avait sauté vers l’extérieur. Les parois noircies portaient encore les traces nettes d’une charge directionnelle. Pas énorme. Suffisante pour casser le système sans détruire la structure porteuse.

Link s’agenouilla devant le blindage entrouvert.

— Propre, dit-il.

Daruniax grogna.

— Trop propre pour un accident.

Un technicien humain, mince et couvert de suie jusque dans les plis du cou, se risqua à intervenir.

— Pas seulement propre, seigneur. Placé à l’endroit exact où la redondance est minimale.

Link releva les yeux vers lui.

— Votre nom ?

— Selen.

— Vous pensez à quelqu’un de l’intérieur ?

Selen jeta un regard prudent vers Daruniax avant de répondre.

— Je pense à quelqu’un qui a lu les plans. Ou qui les a vus. Ça ne réduit pas beaucoup la liste, ici.

Daruniax croisa les bras.

— Vous sous-entendez quoi, exactement ?

— Rien, régent. Je réponds.

Le silence qui suivit fut bref, mais Link commençait à reconnaître la manière qu’avait le régent de le remplir tout entier.

Taël flottait au-dessus du relais fracturé, attentive.

— Ça n’a pas été fait pour tuer, dit-elle.

Personne ne lui demanda son avis, ce qui chez elle ne l’empêchait jamais de le donner.

— Ça a été fait pour interrompre.

Link se releva.

— Oui.

Il suivit du regard la ligne de redistribution nord, qui s’éloignait en serpentant entre des pylônes thermiques et des pans de roche vitrifiée.

— Qui était de service au moment des deux premières coupures ? demanda-t-il.

Le capitaine consulta sa tablette.

— Équipes alternées. Mais certains noms reviennent sur trois zones : maintenance lourde, régulation thermique, redistribution. On a commencé à recouper.

— Et ?

Le capitaine hésita.

— Plusieurs ouvriers demandent à changer de poste depuis des semaines. Certains opérateurs des relais extérieurs disent qu’ils n’ont plus assez de marge pour travailler correctement quand les rotations lourdes s’enchaînent. D’autres accusent les équipes de supervision de maintenir les flux à un niveau trop haut.

Daruniax coupa court :

— Les équipes accusent toujours quelque chose quand elles sont fatiguées.

Link ne répondit pas tout de suite.

Autour d’eux, les regards se détournaient avec cette discipline mal apprise des gens qui veulent entendre sans donner l’impression d’écouter.

— J’aimerais voir les registres des rotations, dit-il enfin.

Le régent tourna la tête vers lui.

— Pour quoi faire ?

— Vérifier ce qui relevait déjà de la tension structurelle avant les intrusions.

Daruniax le fixa une seconde, puis haussa ses lourdes épaules rocheuses.

— On vous les donnera.

Ils quittèrent le relais.

Le deuxième point touché se trouvait plus loin, au bord d’une ligne de maintenance surplombant un bassin de refroidissement. Là, le sabotage était moins net : conduites faussées, lecture altérée des pressions, fermeture intempestive d’un système de délestage. Les dégâts, expliqua-t-on, avaient été aggravés par une erreur humaine quelques secondes après l’intrusion sonore.

— Quelle erreur ? demanda Link.

Une Goronne à large mâchoire, les bras couverts de protections noires, répondit sans attendre qu’on l’y autorise.

— Le jeune opérateur a cru entendre une alarme de surchauffe complète. Il a tiré sur la mauvaise vanne. Le signal dans son casque était saturé.

Elle parlait avec le ton de ceux qui ne cherchent pas à se défausser, seulement à rappeler que les corps et les nerfs ont leurs limites.

Daruniax gronda :

— Il a agi sans validation.

— Il a agi en croyant éviter une explosion, répliqua la Goronne.

Le régent se tourna vers elle.

— Ton nom ?

— Ysma.

— Tu veux assumer sa faute à sa place ?

Ysma soutint son regard sans insolence, mais sans reculer.

— Je veux éviter qu’on appelle faute ce qui ressemble surtout à une chaîne de fatigue, régent.

Le vent thermique passa entre eux comme une main brûlante.

Link observa Ysma.

Elle n’avait pas l’air d’une rebelle. Pas davantage que Rhud, dans la salle de supervision. Seulement l’air d’appartenir à un endroit où chacun avait fini par apprendre la différence entre la discipline et l’épuisement, même s’il ne disposait pas toujours des mots utiles pour la dire.

Daruniax allait répondre lorsque, derrière eux, un des techniciens poussa un juron.

Ils se retournèrent.

Sur le mur blindé de la station, à l’endroit où personne ne jurait avoir rien vu une minute plus tôt, un symbole venait d’apparaître à la craie blanche ou à quelque matière qui y ressemblait : un visage rond schématisé, deux yeux creux, un sourire disproportionné. Rien de très détaillé. Rien d’artistique. Pourtant l’ensemble était immédiatement reconnaissable.

Le masque.

Ou son idée.

Taël émit un son entre le rire et le sifflement.

— Voilà qui est charmant.

Le capitaine local jura à son tour.

— Qui a fait ça ?

Personne ne répondit.

Le dessin semblait presque ridicule sur cette paroi de métal noirci. Justement pour cette raison, il était insupportable.

Daruniax s’approcha d’un pas, puis de deux. Sa main massive se referma sur le bord de son harnais.

— Effacez-moi ça.

Ysma ne bougea pas.

Selen non plus.

Un garde fit mine d’avancer, mais Link leva la main sans réfléchir.

— Attendez.

Le régent se retourna brusquement.

— Quoi ?

Link regardait le symbole.

Dans son absurdité presque enfantine, il contenait quelque chose de plus offensant que n’importe quelle menace. Il n’abîmait rien. Il n’empêchait pas une machine de fonctionner. Il n’explosait pas. Il se contentait d’être là, au milieu d’un lieu de rendement, comme une moquerie adressée à l’idée même qu’un monde puisse être tenu uniquement par la gravité des hommes sérieux.

— Je veux savoir quand il est apparu, dit-il.

Un des techniciens murmura :

— Il n’était pas là tout à l’heure.

Daruniax éclata sèchement :

— Bien sûr qu’il n’était pas là tout à l’heure.

Le régent se tourna vers les gardes.

— Fouillez-moi le secteur. Personne ne sort d’ici sans contrôle.

Le capitaine transmit les ordres.

Link s’approcha du mur. La marque n’était pas chaude. Pas fraîche au point d’être humide. Juste présente. Déposée avec calme, ou avec une audace qui produisait le même résultat.

Sous le sourire grossier, un mot avait été tracé en plus petit, presque comme après-coup.

REGARDEZ.

Pas obéissez.
Pas fuyez.
Pas brûlez tout.

Regardez.

Daruniax l’avait lu lui aussi. Le fait qu’il n’en dise rien le rendit plus visible encore.

Taël s’approcha de l’inscription, sa lumière rouge troublée par les souffles chauds.

— Il ne parle pas comme quelqu’un qui veut seulement terroriser, murmura-t-elle.

— Il sabote des infrastructures critiques, répliqua Daruniax.

— Oui. Et il veut aussi autre chose.

Le régent lui jeta un regard qui aurait suffi à refroidir de la lave par principe.

— Les masques veulent toujours “autre chose”. C’est pour cela qu’on les arrache.

Link se redressa lentement.

Ce n’était pas encore un désaccord. Pas exactement. Juste un léger décalage, une infime manière de ne pas entendre tout à fait la même chose que Daruniax dans la même scène.

Le régent donna ses derniers ordres pour le secteur, puis les ramena vers la navette.

Ils quittèrent la station par une route de service suspendue entre deux pans de roche noire. En dessous, une rivière de feu suivait son propre cours lent, retenue par des digues d’acier. Au-dessus, des câbles lourds transportaient des charges minérales vers des plateformes plus hautes.

Personne ne parlait.

Puis Taël, de sa voix la plus innocente — donc la plus dangereuse — demanda :

— Régent, est-ce que les équipes de maintenance sont souvent autorisées à adresser des remarques sur la gestion des flux ?

Daruniax continua de marcher.

— Elles sont autorisées à travailler.

— Ce n’était pas ma question.

— C’était la mienne.

Le garde à droite de Link étouffa presque un rire, ou peut-être une toux.

Taël fit un petit tour dans l’air.

— Très bien. Je reformule. Quand des opérateurs vous disent qu’ils sont au bord de rompre, vous appelez ça une remarque ou un défaut de discipline ?

Le régent s’arrêta si brusquement que tout le groupe dut s’ajuster autour de lui.

La chaleur redoublait dans ce couloir de roche.

Daruniax se retourna vers la fée.

— Je l’appelle une situation qu’on règle en renforçant ce qui doit l’être, pas en laissant des voix étrangères apprendre aux travailleurs à douter de leurs propres structures.

Taël allait répondre, mais Link parla avant elle.

— Et si les structures étaient déjà en tension avant les voix ?

Daruniax le regarda.

Ce n’était pas un regard de colère. Pas encore. Plutôt celui d’un homme qui se demandait, pour la première fois depuis leur rencontre, quel genre exact de représentant on lui avait envoyé.

— Alors, dit-il, nous les renforçons davantage.

— Jusqu’où ?

— Jusqu’à ce qu’elles tiennent.

Link soutint son regard.

Quelque chose dans la simplicité de cette réponse le troubla plus qu’il ne l’aurait admis. Non parce qu’elle était cruelle. Parce qu’elle semblait, pour Daruniax, aller de soi.

Ils reprirent la marche.

Le relais périphérique de Cendre-Nord se trouvait plus loin, au-delà d’une zone d’exploitation plus ancienne, où les installations devenaient plus modestes et les équipes plus clairsemées. Pour y accéder, la navette dut survoler une série de crêtes noires, entaillées de conduits et de puits. Ici, moins de grandeur spectaculaire. Plus de fatigue déposée dans la pierre.

Quand ils atterrirent, Link comprit immédiatement que le lieu n’appartenait pas à la même logique d’image que la Forge-Couronne.

Cendre-Nord n’avait rien d’impressionnant.

C’était un poste périphérique, fonctionnel, isolé, presque pauvre à l’échelle de l’Empire : un relais haut, deux baraquements thermiques, une salle de commande compacte, une aire de déchargement, un petit abri médical et des conduites semi-enterrées courant jusqu’aux extractions voisines. Le genre d’endroit qu’on ne montre pas dans les cérémonies, mais sur lequel repose tout de même une partie du système.

Et c’était ici que l’on travaillait avec les visages les plus tirés.

Les équipes sortirent à leur arrivée. Moins alignées. Moins présentables. Plus vraies, peut-être. Des Gorons surtout, mais aussi quelques techniciens humains, deux Zoras spécialisés dans la régulation thermique liquide, un opérateur piaf affecté aux communications longues. Personne ne prit vraiment le temps de composer une attitude.

Une vieille Goronne à la peau parcourue de fissures claires s’avança.

— Régent.

— Mèra.

Daruniax ne l’introduisit pas. Il n’en eut pas besoin. Tout le poste semblait s’ordonner autour d’elle sans hiérarchie officielle.

— Le relais tient encore ? demanda-t-il.

— Il tient.

— Les interférences ?

— Revenues trois fois depuis la nuit. Plus faibles. Plus proches aussi.

Link releva la tête.

— Plus proches ?

Mèra se tourna vers lui.

Ses yeux, très sombres, n’avaient rien de souple. Mais pas non plus d’hostile.

— Au début, ça passait dans les canaux généraux, dit-elle. Maintenant, c’est comme si… comme si ça cherchait directement certaines lignes. Les casques. Les postes isolés. Les zones où un seul opérateur surveille plusieurs flux en même temps.

Taël murmura :

— Intelligent.

Daruniax laissa échapper un grondement d’agacement.

— Ou très bien renseigné.

Mèra eut une sorte de demi-sourire sans joie.

— Ici, régent, quiconque travaille deux semaines sait où faire mal.

Le silence se fit.

Link avait l’impression que, depuis le matin, les phrases les plus importantes n’étaient jamais prononcées comme des déclarations. Elles tombaient simplement, à hauteur d’homme, presque malgré ceux qui les disaient.

— Montrez-moi, demanda-t-il.

On les mena au relais.

La pièce de commande était petite, écrasée par la proximité des parois rocheuses. Quatre postes. Deux rangées de voyants. Une table de lecture thermique. Des casques suspendus. Des traces de réparation partout. Une fissure avait couru le long du mur gauche, sans compromettre pour l’instant la structure.

Link se pencha sur l’un des enregistrements stockés.

Là encore : parasites, souffle, puis la voix.

Mais cette fois, quelque chose différait.

Au lieu du rire d’abord, il y eut quelques secondes de silence. Un silence lourd, presque respectueux, que personne dans la pièce n’avait visiblement oublié.

Puis la voix dit :

— Vous portez tout et on vous a appris à appeler ça l’ordre.

Silence.

— Mais une machine qui tient sur votre dos vous cassera le dos avant de vous remercier.

Grésillement.

— On vous a dit que sans le centre, rien ne tiendrait. Regardez autour de vous. Qu’est-ce qui tient vraiment, ici ?

La séquence s’arrêtait là.

Pas de menace. Pas de revendication. Pas de rire, cette fois, avant la coupure.

Juste cette phrase suspendue comme une écharde.

Link sentit Daruniax se raidir à côté de lui.

— Voilà ce que j’appelle du poison, dit le régent.

Personne, cette fois, ne le contredit.

Pas parce qu’ils étaient d’accord. Parce qu’ils écoutaient encore intérieurement autre chose.

Link se tourna vers Mèra.

— Combien d’opérateurs ont entendu ça ?

— Tous ceux du relais de nuit. Et deux équipes de relève. Une partie seulement à chaque fois. Jamais les mêmes segments. Comme s’il choisissait.

— Et ensuite ?

Mèra haussa lentement ses épaules de roche.

— Ensuite, ils ont continué à travailler.

Daruniax reprit aussitôt :

— Oui. Avec des erreurs, des retards, des discussions inutiles et des hésitations là où il faut de la vitesse.

Mèra ne le regarda même pas.

— Avec des brûlures aussi, régent. Et des quarts rallongés. Et des postes laissés vacants faute de remplaçants complets.

Le régent allait parler, mais elle poursuivit avant lui, toujours sans hausser la voix :

— Si nous devons tenir, nous tiendrons. Tu nous connais. Mais ne me demande pas de faire semblant de découvrir aujourd’hui ce qui pèse depuis des mois.

La pièce sembla soudain trop petite pour tout le monde.

Link regarda Mèra. Puis Daruniax. Puis les opérateurs restés près des consoles. Aucun n’avait l’air surpris par ce qui venait d’être dit. Seulement surpris qu’on l’ait dit devant lui.

Et c’est à cet instant précis qu’il comprit quelque chose de simple.

Skull Kid n’était peut-être pas en train de fabriquer toutes les fissures.

Peut-être se contentait-il d’y parler.

L’idée l’irrita aussitôt.

Pas parce qu’elle lui semblait fausse. Parce qu’elle lui paraissait possible.

Le sol vibra légèrement sous leurs pieds.

Un signal rouge s’alluma sur le panneau secondaire.

Un opérateur piaf se pencha sur sa lecture, les plumes de sa nuque se hérissant d’un coup.

— Variation de pression sur la ligne ouest !

Un autre technicien s’empara d’un casque.

— Non — attendez — lecture parasite — je perds le retour —

Le haut-parleur central grésilla.

Tout le monde se figea.

Taël, qui avait déjà compris une demi-seconde avant les autres, se tendit dans l’air.

Puis le rire revint.

Cette fois tout près.

Pas énorme. Pas prolongé. Juste trois éclats brefs, presque intimes, comme s’ils avaient été soufflés à l’oreille du relais tout entier.

Daruniax rugit :

— Coupez !

La voix passa par-dessus son ordre avec une douceur presque courtoise.

— Vous voyez ? dit-elle. Je n’ai même pas besoin de vous apprendre la peur. Seulement de la décaler.

Mèra ne bougeait pas.

Link non plus.

— Qui es-tu ? lança-t-il avant même d’avoir décidé de parler.

Taël tourna vivement la tête vers lui.

Le silence se fit derrière les parasites.

Puis la voix répondit, légère, presque amusée :

— Mauvaise question, héros.

Un souffle.

— Demande plutôt : combien sommes-nous quand vous commencez à entendre ?

La transmission s’interrompit.

Net.

Les voyants revinrent à leur état normal, sauf un, qui resta rouge encore quelques secondes avant de s’éteindre à son tour.

Personne ne bougeait.

Puis Daruniax reprit, avec une maîtrise si rigoureuse qu’elle en devenait presque violente :

— Verrouillez tout. Aucun canal externe sans double validation. Personne n’enregistre, personne ne copie, personne ne rediffuse. Que tout le monde reprenne son poste.

Le mouvement repartit.

Les corps obéirent.

Mais Link sentit, avec une netteté désagréable, que quelque chose avait changé dans la pièce. Pas dans les machines. Dans les visages.

Pas une rébellion.
Pas un basculement.
Juste… une autre manière de respirer.

Comme si le simple fait d’avoir entendu ensemble suffisait déjà à produire un espace minuscule entre ce qu’on leur demandait et ce qu’ils commençaient peut-être à penser.

Daruniax se tourna vers Link.

— Maintenant, j’espère que vous mesurez enfin l’ampleur du problème.

Oui, songea Link.

Mais pas tout à fait comme le régent l’entendait.

Dehors, au-delà des parois du relais, Goron Prime continuait de brûler avec la même patience minérale. Les conduites charriaient leur feu. Les équipes reprenaient leurs postes. La Forge-Couronne battait quelque part au loin comme un second noyau.

Et, dans un coin de son esprit où rien ne s’était encore ordonné, une phrase refusait de s’éteindre :

Combien sommes-nous quand vous commencez à entendre ?

Généréar Hayao Itchi le Snark avec Ciri « Shoko » Kenzaki (Lia – ChatGPT)

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